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Le Havre : Le patrimoine moderne du centre ville et son contexte spatial
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Intensivement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville du Havre est, à la Libération, l'une des villes les plus sinistrées d'Europe (5000 morts, 10 000 immeubles détruits, 80 000 sans-abri). Le centre de la ville, anéanti lors des raids alliés de septembre 1944, a l'aspect d'une table rase. Ce bilan très lourd incite le Gouvernement français à prendre des mesures spectaculaires pour reconstruire la cité portuaire. Le projet est confié à Auguste Perret, architecte de renommée mondiale, et à une importante équipe constituée de ses anciens élèves.
De 1945 à 1964, Le Havre fait alors l'objet d'une expérience de reconstruction unique en son genre par :
- L'étendue de la zone à reconstruire entièrement et d'un seul tenant,
- La cohérence théorique de l'équipe Perret ,
- Les procédures urbanistiques et les techniques de préfabrication mises en œuvre, qui en font un formidable chantier d'expérimentation.
Abondamment commentée dans les revues de l'époque, cette expérience est considérée par l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme, comme l'une des réalisations les plus significatives du XXème siècle. Cette reconstruction est à l'origine d'un patrimoine remarquable, tant par la qualité de ses édifices pris individuellement que par la nouveauté de son espace urbain.
> voir la sélection du fichier
La conscience de l'intérêt patrimonial remarquable de la ville émerge lentement à partir des années 1960, à la faveur de :
-
La protection de l'église
Saint Joseph au titre de
l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques
, en 1965.
- L'inventaire du patrimoine havrais par Claire Etienne-Steiner (service de l'Inventaire Régional)
avec la collaboration des Archives municipales. Cet inventaire
a concerné l'agglomération (Le Havre, Sainte
Adresse, Harfleur et Gonfreville l'Orcher) et a été
réalisé de 1991 à 1999.
> voir
le site de la base Mérimée
- L'instauration d'une zone de
protection du patrimoine architectural, urbain et paysager
(ZPPAUP), en 1995. La ZPPAUP précise les
interventions possibles sur les immeubles afin de mettre
en valeur les caractéristiques architecturales
de la reconstruction (ordonnancement des façades,
lisibilité de la structure porteuse, diversité
des traitements du béton, détails architectoniques,
etc..)
- La prise
en main quotidienne de la gestion de la ZPPAUP
par les services de la Direction Urbanisme et Prospective
de la Ville du Havre. En 1999, la Ville a recruté
un agent de développement du patrimoine chargé
d'optimiser l'application du règlement de ZPPAUP
sur le terrain. Fondée sur un travail de communication
et de prévention, son intervention se poursuit
jusqu'à la phase de contrôle de chantier
et de répression le cas échéant.
Cette action a permis de réduire de façon
considérable le nombre d'infraction au règlement
de protection (43% de travaux sans autorisation en 1999
contre 10% en 2003) tout en favorisant une appropriation
de leur patrimoine par ses habitants . Des réunions
de travail ont lieu très régulièrement
avec l'architecte des bâtiments de France,
chargé de délivrer des avis conformes sur
l'ensemble des dossiers de constructions neuves, restaurations
de façades, aménagement des devantures commerciales
ou création d'enseignes, dans les limites de la
ZPPAUP. Cette collaboration étroite est fondée
sur une culture commune et des objectifs partagés.
L'architecte des bâtiments de France prend parfois
le relais de la ville du Havre, à sa demande, pour
mener à leur terme des procédures contentieuses
à l'encontre des infractions les plus significatives.
Cette progression dans la prise de conscience de l'intérêt patrimonial du Havre permet d'identifier trois périodes dans l'intervention sur les bâtiments reconstruits, depuis l'instauration de la ZPPAUP :
- De 1995 à 1998 : fin des interventions “ dévalorisantes ” qui n'avaient pour but que de cacher l'ensemble des éléments architecturaux faisant référence à l'aspect moderne des immeubles. Démarrage des premiers chantiers de valorisation des immeubles jusqu'ici peu dégradés qui retrouvent leurs lettres de noblesse.
- De 1998 à 2003 : valorisation généralisée des immeubles reconstruits consistant à se rapprocher de l'état d'origine sur les parties les plus importantes des façades (décapage de la peinture, mise à nu de la structure porteuse, restauration des fenêtres à l'identique…)
- Depuis 2003 :
affinement des techniques de restauration permettant des
traitements plus fidèles à la construction
d'origine (mortier de réparation formulés
au cas par cas, utilisation des dessins et des matériaux
des gardes corps d'origine, traitement préventif
des bétons…). L'architecte des bâtiments
de France et les architectes de la Direction Urbanisme
et Prospective de la ville du Havre apportent leurs compétences
techniques, pour conseiller les particuliers et les entrepreneurs
à l'occasion de visites ou d'essais sur place,
pour optimiser la qualité des chantiers
de réhabilitation.
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Avant-Après. Ilot V6 (angle de la rue Paul Doumer et de la rue Bernardin de Saint Pierre).
©Photographie Cyril Jamet, VDH
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La restauration en cours de l'Eglise Saint Joseph (2003-2005) est actuellement le chantier le plus pionnier conduit au Havre. Il est conduit sous la maîtrise d'œuvre de François Mirc, architecte du patrimoine. L'entreprise Lanfry, qui mène les travaux, associe sur ce chantier ses propres savoir-faire, les compétences de l'atelier Jean-Pierre Aury, plasticien béton et les produits de la société SIKA. Les stades successifs de la restauration sont les suivants :
- Le nettoyage par hydrogommage
- Les sondages destinés à identifier les pathologies du béton
- La phase de réparation concerne les aciers, les mortiers d'enrobage et la mise au point des formulations du béton à appliquer
- La prévention est obtenue par des techniques et des produits inhibiteurs de corrosion.
Dans le cadre de sa politique urbaine, la municipalité du Havre associe par ailleurs étroitement :
- Protection et la valorisation du patrimoine
- Adaptation du centre ville
- Développement conjoint de l'agglomération et du port.

Chambre de Commerce : façade sur le bassin.
©Photographie Raphaëlle Saint-Pierre, 2003
La transformation de la Chambre de Commerce, construite par Otello Zavaroni, en lieu de divertissements - casino, hôtel, restaurant, salle de spectacle et centre d'art contemporain - illustre ainsi l'évolution du centre ville.. Le développement de l'agglomération a conduit la municipalité à réinvestir les friches portuaires des Docks Vauban (construits de 1844 à 1884). Enfin, dans la logique de Port 2000 - projet de développement du port qui prévoit le doublement de sa capacité - le projet d'un Centre de la mer et du développement durable a été confié à Jean Nouvel.

Projet de Jean Nouvel pour le Centre de la Mer. © Image Agence Jean Nouvel
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