Sanatorium Martel de Janville
Fiche DOCOMOMO


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MdJ 001: façade sud du sanatorium © G. Tairraz, Chamonix
 

Fichier international de DoCoMoMo
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1. IDENTITE DU BÂTIMENT OU DE L’ENSEMBLE

nom usuel du bâtiment :
nom actuel :

numéro et nom de la rue :
ville :
pays :
Sanatorium Martel de Janville
Centre médical Martel de Janville
251 route Martel de Janville
74480 Passy - Plateau d’Assy
France
PROPRIETAIRE ACTUEL
nom :
adresse :


téléphone :
fax :

Fondation des Villages de Santé et d’Hospitalisation en Altitude (VSHA)
Centre Médical Spécialisé Praz-Coutant
171 route de Praz-Coutant
74480 Passy- Plateau d’Assy
04 50 47 41 00
04 50 93 89 26

ETAT DE LA PROTECTION

type :

Protection au titre des Monuments Historiques à l’étude, envisagée pour 2005-2006

ORGANISME RESPONSABLE DE LA PROTECTION

nom :
adresse :


téléphone :
fax :

DRAC Rhône-Alpes
Le Grenier d'abondance
6 quai Saint-Vincent
69283 Lyon cedex 01
04 72 00 44 00
04 72 00 43 30

 
 

2. HISTOIRE DU BÂTIMENT

commande :
En 1931 la Comtesse Martel de Janville lègue une importante somme d'argent au Ministère de la Guerre en vue de fonder un sanatorium à la mémoire de son fils. La construction et la gestion de cet établissement sont confiées aussitôt par le Ministère à l’Association des Villages Sanatorium de Haute Altitude (AVSHA, créée en 1922). Programmé initialement pour 120 officiers et sous-officiers, sa capacité est finalement portée à 172 lits de façon à réduire les coûts d'exploitation.
Le financement est assuré à 50% par le Ministère de la Guerre et à 50% par le Ministère de la Santé Publique dans le cadre de la Loi Honnorat de 1919 sur la construction de sanatoriums publics et assimilés.

architectes :
Pol Abraham à Paris (1891-1966) et Henri-Jacques Le Même à Megève (1897-1997), architectes français renommés pour leurs projets de sanatoriums entre 1928 et 1950.

autres intervenants :
Angel Zarraga (1886-1946), peintre mexicain, est l'auteur de la fresque de la chapelle du sanatorium.
Jean Prouvé (1901-1984) est l'auteur d'une partie du mobilier des chambres en tôle pliée laquée.

ingénieurs :
Les calculs de la structure en béton armé sont effectués par le bureau d'étude Hennebique à Paris. La structure est réalisée par l'entreprise Catella, concessionnaire Hennebique à Chamonix.

contractants:
Béton-armé, maçonnerie : Catella et fils, Chamonix
Eléctricité : Saunier, Duval, Frisquet, Paris
Brûleurs de mazout : SIAM, Levallois
Frigorifiques et cuisines : C.A.P., Saint-Ouen
Buanderie : Lucanes, Paris
Menuiseries : Tabulet & Michaud, Chamonix
Menuiseries métalliques : Amiard & Durand, Nanterre
Carrelage : Tagna, Annemasse
Chauffage central : Rulland, Annecy
Parquet Mosaïque : Parquets Noël, Bagnolet
Plâtrerie et peinture : Sargenti, Servos
Décoration : Galfione & Gremillon, Moulins

 

   
MdJ 002: façadenord du sanatorium et MdJ 003: la chapelle en chantier, © G. Tairraz, Chamonix

 

   
MdJ 004: intérieur de la chapelle © G. Tairraz.
MdJ 005 : arbalétriers de la chapelle © Ph. Grandvoinnet

 


MdJ 006: fresque d'Angel Zarraga
© Ph. Grandvoinnet

 

CHRONOLOGIE

date du concours:
Abraham et Le Même sont directement chargés du projet en tant qu'architectes attitrés de l’AVSHA depuis 1930. Ils ont à cette époque acquit une solide réputation en la matière avec la transformation du sanatorium de Praz-Coutant (établissement pour hommes, 1924-30), et la construction des sanatoriums du Roc-des-Fiz (établissement pour enfants, 1929-30) et Guébriant (établissement pour femmes, 1930-32).
Les premières esquisses sont datées de septembre 1932.

date de la commande :
La Convention à l’origine de la création du sanatorium (définition du programme et des statuts) est passée entre le Ministère de la Guerre et l’AVSHA le 19 août 1932.

période de construction :
Le terrassement débute vers mars 1933. Alors que le bâtiment est hors d'eau et donc en voie d’achèvement, le chantier est arrêté à l’automne 1934 du fait d’un retard important dans le versement des subventions de l‘Etat. Après un an et demi d’arrêt, le chantier redémarre à l’été 1936 et le bâtiment est exploité à l'automne 1937.

inauguration :
1er septembre 1937



MdJ 007: avant-projet du sanatorium Martel de Janville
© Archives départementales de Savoie, Fonds Le Même

 

ETAT ACTUEL DU BÂTIMENT

Usage :
Le nombre de patients atteints de tuberculose a progressivement diminué après-guerre et jusque dans les années 70. Les derniers tuberculeux ont été soignés en 1978 à Martel de Janville, date de sa reconversion médicale. Le changement de statut du bâtiment a entraîné une réduction constante du nombre de lits. Le Centre Médical Martel de Janville n'utilise aujourd'hui plus que 60 lits sur 2 étages pour des patients âgés.
Le reste du bâtiment est désaffecté (étages supérieurs, aile nord, chapelle, cuisines, buanderie).

Etat du bâtiment :
Grâce à une occupation et à un entretien constants, le bâtiment est dans un bon état général. La structure ne connaît pas de pathologie importante. La corrosion des aciers a fait localement éclater le béton armé en surface. Les revêtements intérieurs et le mobilier Prouvé d’origine sont encore partiellement conservés. Les chambres sont particulièrement préservées : menuiseries, revêtements de sols, équipements sanitaires et placards ont été globalement maintenus.

Résumé des restaurations et des autres travaux conduits, avec les dates correspondantes:
Années 1950 : Construction des ateliers et garages dans la cour des officiers.
Années 1960 : Le Même réaménage le 2 e sous-sol en bibliothèque et ateliers.
1975 : Construction d’une salle de cinéma et réaménagement des entrées du bâtiment. Suite au départ progressif des religieuses, l’étage de la communauté est réaménagé en espace de physiothérapie et de rééducation.
1977 : L’extérieur du bâtiment, couleur rouge terre-cuite clair à l’origine, est entièrement repeint en blanc.
Années 1990 : Les châssis en acier à guillotine triple de la salle à manger sont remplacés par des menuiseries en aluminium. Le bâtiment est remis aux normes incendie : compartimentage des couloirs, mise en place d'un système de désenfumage des couloirs et escaliers.

 

3. DOCUMENTATION / ARCHIVES

Par ordre d'importance:

Archives départementales de Savoie, Fonds Henri-Jacques Le Même, Chambéry
L'inventaire du fonds Henri-Jacques Le Même a été achevé en 2004. C'est la source de documentation la plus importante sur le sanatorium Martel de Janville: boite 226, correspondance; boite 228, avant-projets; boite 229, plans d'exécution du bâtiment principal; dossiers de claques et esquisses diverses.

Centre Georges Pompidou, Fonds Pol Abraham, Paris
Le Département d'Architecture du Centre Georges Pompidou a acquis en 2003 le fonds Pol Abraham qui conserve un grand nombre de dessins originaux, photographies et articles relatifs à Martel de Janville et aux autres sanatoriums du Plateau d'Assy.

Archives de la Fondation des Villages de Santé et d’Hospitalisation en Altitude, Plateau d’Assy
La fondation propriétaire du sanatorium conserve dans ses archives les documents relatifs à la fondation, au financement et à la construction du bâtiment. Elle conserve également les plans d'origine approuvés par le Ministère de la Guerre ainsi que des tirages des plans d'exécution.

Archives du Centre de Recherche et d’Etude de l’Histoire d’Assy (CREHA), Plateau d’Assy
Le CREHA conserve un grande documentation sur l'histoire du Plateau d'Assy et notamment sur les sanatoriums. Il possède également une collection de clichés anciens des sanatoriums construits par Le Même et Abraham pris par le photographe de montagne G. Tairraz (chantier, intérieurs, extérieurs).

Service Historique de l'Armée de Terre, Département des Archives, Division des Archives Contemporaines, Vincennes
Le Ministère de la Défense conserve quelques documents sur les premières années de fonctionnement du sanatorium (dossier 1829 -9R47/3, sous-dossiers c, p et q): conditions d'entrée des patients et difficultés rencontrées pour garantir un taux d'occupation maximum.

 
   


MdJ 008: plan de deux chambres publié dans AA, n°9, 1934.

 


MdJ 009: élévation des chambres
© Archives départementales de Savoie, Fonds Le Même
 
Principales publications (ordre chronologique) :

1934

Posener , Julius. « Sanatoria des architectes Pol Abraham et J. Le Même », in L’Architecture d’Aujourd’hui, décembre 1934, n°9, pp. 79-81.

Gille-Delafon, S. « Sanatorias », in Beaux-Arts, 28 décembre 1934.

1935

Zahar , MarceI. « Le sanatorium Geoffroy Martel de Janville. Pol Abraham et Le Même, architectes », in L'Art Vivant, avril 1935, n 0 192, pp 21-22.

See , Ch.-Ed. « Le sanatorium Geoffroy de Martel de Janville à Passy (Haute-savoie) : architectes, MM. Pol Abraham et Henry Le Même », in La Construction Moderne, 30 juin 1935, v.50, pp. 838-857.

Mallet-Stevens , Robert. « Architecture « d’aujourd’hui », in L’Architecture d’Aujourd’hui, septembre 1935, n°9, p. 74.

Hautecœur , Louis. « Les sanatoriums de Passy (Haute-Savoie), MM P. Abraham et H. Le Même, architectes », L'Architecture, 15 novembre 1935, n 011, pp. 413-432.

See , Ch.-Ed. « Sanatorium Geoffroy Martel de Janville à Passy (Haute­Savoie), architectes Pol Abraham et Henri Le Même », in Béton Armé, n°333, novembre 1935, pp.1319-1332, et n°334, décembre 1935, pp. 1336-1345.

1937

« Le sanatorium Geoffroy de martel de Janville ouvrira prochainement ses portes », in La Tribune d’Assy. Journal de la station climatique de cure de Passy, 25 mars – 10 avril 1937, 3 e année, n°32, p.1.

1938

Abraham, Pol . « La construction des sanatoriums d’altitude. Dix ans de réalisations et de recherches », in L'Architecture d’Aujourd’hui, mai 1938, n°5, Les Hôpitaux, pp. 66-69.

See , Ch.-Ed. « Le sanatorium militaire de Martel de Janville, près de Chamonix (Haute­Savoie) », in Le Génie Civil, 11 juin 1938, n 0 2913, pp 485-490.

Abraham, Pol . « Une chapelle pour un sanatorium d’altitude», in L'Architecture d’Aujourd’hui, juillet 1938, n°7, Architecture religieuse, pp. 16-17.

1939

See , Ch.-Ed. « L’isolation des bâtiments contre les variations de la température: résultats d’expérience », in La Construction Moderne, 5 février 1939, n°12, vol. 54, pp. 1997-2004.

1946

« Sanatorium Martel de Janville à Passy (Haute-Savoie). Pol Abraham et Henry Le Même, architectes DPLG», in L’Architecture Française, février-mars 1946, n°55-56, numéro spécial sur les sanatoriums, pp. 53-61.

1988

Very , Françoise, Pierre Saddy. Henry-Jacques Le Même. Architecte à Megève. Liège, Mardaga, 1988, 239 p.

 


MdJ 010: aménagement original d'une chambre d'Officier
© IAUG.

 


MdJ 011: panorama du Mont-Blanc depuis une chambre
© Ph. Grandvoinnet.

 

4. DESCRIPTION DU BÂTIMENT

Le sanatorium Martel de Janville est composé d'un unique bâtiment accueillant la totalité des patients et l'essentiel des services. Situé en bordure du Plateau de Praz-Coutant, à quelques kilomètres du bourg, il surplombe la forêt et la vallée de l'Arve. L'accès se fait depuis la cour nord des sous-officiers, communiquant avec la cours des officiers devenue cour de service. Au sud se trouve une terrasse artificielle aménagée pour la promenade. Les bâtiments annexes comprennent une villa pour le médecin directeur, une boulangerie-conciergerie (transformée en logements pour le personnel), des ateliers et garages dans la cour de service.

Le bâtiment est composé de plusieurs parties répondant à des besoins distributifs et d'exposition particuliers. L'aile principale est exposée au sud, longue de 120m elle contient les 163 chambres (dont 9 doubles) avec leur cure, la partie Est (sous-officiers) compte 6 niveaux tandis que la partie Ouest (officiers), plus courte, en compte 9. Dans un avant-corps central sont disposés, en façade sud et sur les trois premiers niveaux du bâtiment, la bibliothèque, les salons, l'accueil et la salle à manger des militaires. Cette aile principale, au sud, est reliée à une aile nord, transversale à la pente et regroupant l'essentiel des services du bâtiment: cuves à mazout et chaufferie au 2 e sous-sol, buanderie au 1 er sous-sol, cuisines et économat au rez-de-chaussée, service médical au 1 er, chambres et espaces des sœurs et infirmières au 2 e. Cette aile nord est couronnée par la chapelle du sanatorium au 3 e étage.

La hiérarchie militaire correspondant aux deux catégories de patients (officiers et sous-officiers) imposait une stricte séparation des espaces et donc un dédoublement des fonctions. Dédoublement que l'on retrouve également dans la plupart des sanatoriums de cette époque du fait de la séparation habituelle hommes/femmes. Les ailes Est et Ouest du bâtiment disposent chacune de leur entrée distincte depuis la cour d'accès au nord. Ces entrées, situées au niveau du 1 er sous-sol desservent les 3 niveaux de vie commune du bâtiment correspondant à l'avant-corps central de la façade sud. Ces 3 niveaux sont distribués par des escaliers disposés latéralement et menant jusqu'à la salle à manger des militaires. A partir de la salle à manger, située au rez-de-chaussée, deux escaliers disposés contre la façade nord mènent aux étages supérieurs des chambres. L'escalier des sous-officiers dessert les étages 1 à 3 tandis que celui des officiers se prolonge jusqu'au 6 e étage.

La disposition des chambres individuelles de cure correspond à l'usage en vigueur dans les sanatoriums de l'entre-deux-guerres: couloir desservant au sud les chambres et vitré au nord permettant un éclairage naturel et une bonne ventilation. Les couloirs sont revêtus au sol de carreaux de grès cérame avec des plinthes à gorge facilitant le nettoyage, la partie centrale est revêtue de carreaux d'asphalte comprimé lesquels, moins sonores, atténuent les bruits de pas des circulations.

Les chambres ont été dessinées de façon à garantir un ensoleillement maximal du balcon de cure, sans atténuer l'éclairage naturel et la ventilation de l'espace intérieur. Alors que la plupart des sanatoriums disposaient les balcons de cure en avant des chambres, sur toute la longueur de celles-ci, Abraham et Le Même décalent la cure latéralement de façon à libérer une fenêtre donnant directement sur l'extérieur. Cette fenêtre à double guillotine permettait de doser précisément le renouvellement d'air selon l'aération voulue. Les contre-poids du mécanisme simplifient aujourd'hui encore son utilisation pour les patients faibles et peu mobiles. La cure d'aération était prise dans la journée sur une chaise longue placée sur le balcon individuel. Les officiers et sous-officiers disposaient d'un lit avec chevet intégré, d'un bureau en applique situés sous le châssis à guillotine, d'une chaise et d'un fauteuil. Ces éléments de mobilier étaient en tôle pliée laquée, facilitant le lavage et la désinfection. Une partie du mobilier, et notamment le lit à chevet intégré, est dessiné et réalisé par Jean Prouvé spécifiquement pour Martel de Janville. Les chambres des officiers sont légèrement plus grandes que celles des sous-officiers (40cm plus profondes) et revêtues d'un parquet mosaïque "Noël" sans joints, parfaitement hygiénique.

L'ensemble du bâtiment est conçu selon les impératifs d'hygiène, d'exposition et d'ensoleillement qui caractérisent la cure anti-tuberculeuse et avec suffisamment de confort pour rendre plus agréable un séjour pouvant durer plusieurs années.

 
      


MdJ 012: plan actuel du 3 e étage, niveau de la chapelle
© Ph. Grandvoinnet.

 


MdJ 013: façade sud du sanatorium dans sa couleur d'origine
© AVSHA.

 

5. RAISONS JUSTIFIANT LA SELECTION EN TANT QUE BÂTIMENT DE VALEUR REMARQUABLE ET UNIVERSELLE

1. appréciation technique :
La construction en béton armé en altitude pose le problème de l'isolation thermique des volumes et de la structure. Construit à 1140m d'altitude, le bâtiment est soumis en hiver à des variations thermiques journalières de l'ordre de 50°. Afin de limiter les mouvements de dilatation/contraction de l'ossature en béton-armé qui ne manqueraient pas d'occasionner des microfissures, les architectes ont placé l'ossature en arrière de l'enveloppe, leur permettant de limiter les ponts thermiques. Les parois externes du bâtiment sont composées d'un premier remplissage épais en plots de béton évidés, d'un vide d'air mince évitant les mouvements de convexion de l'air et d'un remplissage intérieur en plots de béton moins épais. Ces parois sont portées par des linteaux en équerre réduisant au minimum le contact de l'ossature avec l'extérieur. L'isolation thermique de ces parois doubles est suffisante pour protéger la structure des écarts thermiques. L'isolation thermique du bâtiment ne constituait pas un enjeu à proprement parler du fait du régime de la cure imposée aux patients. L'aération continue des chambres, imposée même de nuit et par grand froid, constituait un des piliers thérapeutiques de la cure anti-tuberculeuse. Seules les parties communes et les circulations étaient chauffées en continu. Des réseaux de chauffage séparés permettaient de chauffer les chambres de façon discontinue, au lever des malades pour leur toilette et au coucher.
L'ossature en béton armé est remarquable dans l'économie de moyens mise en œuvre: la grille structurelle est composée de poteaux en façade nord et en façade sud reliées par des poutres en béton-armé faisant toute l'épaisseur du bâtiment. Les nervures des planchers portent également de façade à façade, permettant de reprendre dans leur prolongement le porte-à-faux des cures au sud. La structure du volume central de la salle à manger est insérée dans le bâtiment sur les trois premiers niveaux. La façade sud est reprise par des arcs de béton armé. Le profil en plein cintre de ces arcs permet non seulement de réduire les efforts de traction en pied mais surtout de limiter leur épaisseur en partie haute pour conserver le maximum de volume et de hauteur libre dans cet espace.

 


MdJ 014: protection thermique des structures

 


MdJ 015: schéma de l'ossature du bâtiment,
publié dans Le Génie Civil, 1938.



2. appréciation sociale :
La tuberculose tuait près de 100.000 personnes chaque année en France au début du 20 e siècle. Suite aux privations et aux mauvaises conditions de vie des civils et des militaires lors la 1 ère guerre mondiale, la lutte anti-tuberculeuse devient dans l'immédiate après-guerre une cause nationale avec, notamment, l'adoption de la Loi Honnorat en 1919 qui oblige chaque département à se doter d'un sanatorium populaire et garantit 50% du financement par l'Etat.
Implantée en France pour organiser la lutte antituberculeuse, la mission américaine Rockefeller fonde l'Association des Villages Sanatoriums de Haute Altitude en 1922. Reconnue d'Utilité Publique l'année suivante, elle implante en 1923 au Plateau d'Assy la première station climatique de cure antituberculeuse française sur un modèle américain et dont le nombre de lit dépassera les 2000 à la fin des années trente.
Martel de Janville est la dernière expérience aboutie de l'AVSHA. Issu d'une commande publique du Ministère de la Guerre, le sanatorium pour Officiers illustre la collaboration entre institutions publique et privée qui permet à la France de construire 20.000 lits de sanatoriums dans l'entre-deux-guerres et de rattraper son retard en la matière.
Martel de Janville est également le seul sanatorium pour Officiers construit en France. Il n'existait auparavant qu'un seul établissement militaire: situé à Briançon, il accueillait les soldats dans des conditions d'hébergement nettement moins confortables. Bien loin de la conception sanatoriale mise en œuvre à Martel de Janville cet établissement gardait l'aspect sévère d'une caserne. A mi-chemin entre le sanatorium populaire et le sanatorium pour classes aisées, le statut militaire de Martel de Janville a eu une influence considérable sur la qualité des espaces, des aménagements réalisés et sur l'esthétique adoptée. Le rythme de vie des patients, la discipline militaire reproduite dans l'enceinte du bâtiment et l'isolement extrême de la station donnaient au sanatorium l'image d'un lieu hors du temps, d'une société autonome d'hommes en sursit mais aussi d'un îlot de vie dans les hauteurs alpines.

3. appréciation artistique et esthétique:
Martel de Janville est la dernière réalisation issue de la collaboration Abraham – Le Même. Les rares projets de sanatoriums conçus après-guerre (pour les prisonniers rapatriés, sanatoriums en Tunisie) resteront sans suite. En concentrant l'ensemble du programme dans un unique bâtiment, les architectes lui ont donné une facture unitaire et imposante. Depuis la cour d'entrée jusque sur la terrasse sud, le sanatorium apparaît au visiteur sous la forme d'un vaste vaisseau amarré à la montagne. Le bâtiment revendique son implantation alpine tant dans le rapport au paysage que dans le "rouge terre cuite clair" de ses façades qui tranchait à la fois sur le blanc de la neige et le vert sombre des sapins. Le bâtiment formait ainsi avec le jaune du sanatorium du Roc-des-Fiz, situé 500m derrière, et le rose du sanatorium Guébriant, une véritable composition chromatique à l'échelle de la station. Repeint en blanc en 1977, il a malheureusement perdu cette caractéristique qui rompait avec le modernisme blanc international.
Les 163 chambres qui se répètent en façade sud selon une rigoureuse trame donnent au bâtiment une monumentalité imprégnée de rigueur militaire. Les balcons de cure de l'aile sud se projètent à la fois en avant et en arrière du plan de la façade formant une résille d'ombre et de lumière. Les architectes ont apporté un grand soin à l'ensemble des aménagements intérieurs et la chapelle est à elle seule un chef d'œuvre de l'art décoratif. Ayant travaillé chez le décorateur Ruhlmann à Paris, Le Même portait une attention particulière à l'aménagement intérieur des chalets qu'il construit à Megève à partir de 1925. La même attention aux revêtements de sols et aux matériaux a été donnée aux sanatoriums. Elle notamment visible à Martel de Janville dans le dessin des motifs réalisés au sol en carreaux de grès cérame.

 

      
MdJ 016, 017, 018: façade sud actuelle du bâtiment © Ph. Grandvoinnet.



4. arguments sur le statut canonique (local, national, international) :
Si le développement d'une aile sud principale et d'une aile nord perpendiculaire reproduit le plan en T caractéristique des sanatoriums des années trente, au contraire le désaxement du bâtiment et la tour de chambres des officiers liée avec la barre des sous-officiers rompent avec le schéma symétrique traditionnel. Le bâtiment est issu d'une étude programmatique complexe et correspond à un perfectionnement des schémas développés auparavant au Plateau d'Assy tant dans la distribution générale que dans la conformation des chambres. A l'échelle du Plateau d'Assy, Martel de Janville est le dernier vaste établissement construit et représente l'une des dernières manifestations d'enthousiasme et de philanthropie qui caractérisent la lutte anti-tuberculose dans l'entre-deux-guerres. Le bâtiment est célébré dans la presse architecturale, technique et artistique avant même son achèvement et trouve sa place dès 1946 dans les manuels d'architecture hospitalière. L'apparition des antibiotiques a pourtant dès 1945 rendu obsolète la cure d'air et de repos dans la lutte contre le bacille responsable de la maladie, renforcé en 1950 par la vaccination obligatoire (BCG), mais l'aura qui enveloppe encore les sanatoriums prolonge quelque temps leur fortune. Dans sa configuration compacte, Martel de Janville anticipe les changements qui entraînent la disparition du sanatorium dans les années cinquante: le regroupement des patients tuberculeux au sein de l'hôpital moderne dans le service de pneumologie.

5. évaluation du bâtiment en tant qu’édifice de référence dans l’histoire de l’architecture, en relation avec des édifices comparables:
Faisant partie d'un ensemble architectural cohérent, Martel de Janville trouve son statut d'icône sanatoriale des années trente dans le contexte du Plateau d'Assy. Les sanatoriums de Praz-Coutant, Roc-des-Fiz, Guébriant et Martel de Janville constituent vraisemblablement le seul ensemble sanatorial au monde construit par les mêmes architectes, en un même lieu, sur une période courte (1930-1936) et avec une telle diversité dans les typologies adoptées. De la typologie pavillonnaire, d'inspiration américaine, à Praz-Coutant, les architectes adoptent un schéma pavillonnaire à galeries au Roc-des-Fiz, pavillonnaire à gradins à Guébriant pour finalement aboutir au sanatorium "bloc" à Martel de Janville. Le projet, construit autour de la chambre de cure, affirme la collaboration de la médecine et de l'architecture dans un unique objectif: la guérison du malade. Le regroupement de tous les services au sein d'un bâtiment haut et l'adoption d'une configuration de chambre unique leur permettent d'intégrer les expériences antérieures tout en affirmant le changement de conception typologique. Loin de l'architecture rationaliste désincarnée, Abraham et Le Même tiennent compte du contexte local et implantent dans la montagne un sanatorium au modernisme plastique, proche de l'expressionnisme.

 
   
      
MdJ 019, 020, 021: sanatoriums de Praz-Coutant ©CREHA, Roc-des-Fiz © AA, 1932 et Guébriant © Ph. Grandvoinnet.
 

6. PHOTOGRAPHIES ET ARCHIVES VISUELLES
liste des documents assemblés dans le dossier

1. archives visuelles originales:
MdJ 001: façade sud du sanatorium
MdJ 002: façadenord du sanatorium
MdJ 003: la chapelle en chantier
MdJ 004: intérieur de la chapelle
MdJ 007: avant-projet du sanatorium Martel de Janville
MdJ 008: plan de deux chambres publié dans AA, n°9, 1934.
MdJ 009: élévation des chambres
MdJ 010: aménagement original d'une chambre d'Officier
MdJ 013: façade sud du sanatorium dans sa couleur d'origine
MdJ 014: protection thermique des structures
MdJ 015: schéma de l'ossature du bâtiment
MdJ 019, 020: sanatoriums de Praz-Coutant et du Roc-des-Fiz
MdJ 022: sanatorium Martel de Janville

2. photographies et dessins récents:
MdJ 005 : arbalétriers de la chapelle
MdJ 006: fresque d'Angel Zarraga
MdJ 011: panorama du Mont-Blanc depuis une chambre
MdJ 012: plan actuel du 3 e étage, niveau de la chapelle
MdJ 016, 017, 018: façade sud du bâtiment
MdJ 021: sanatorium Guébriant
MdJ 023: le massif du Mont Blanc depuis le sanatorium

 


MdJ 022: sanatorium Martel de Janville
© G. Tairraz

 


MdJ 023: le massif du Mont Blanc depuis le sanatorium
© Ph. Grandvoinnet.

 
Rapporteur : Philippe Grandvoinnet, décembre 2004.
 

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