Paris : Immeuble de la rue Raynouard
Fiche DOCOMOMO


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Fichier international de DoCoMoMo
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1. IDENTITE DU BÂTIMENT OU DE L’ENSEMBLE

nom usuel du bâtiment :
variante du nom:

numéro et nom de la rue :
ville :
pays :
Immeuble de rapport

51-55 rue Raynouard
Paris                                                    code :75016
France
PROPRIETAIRE ACTUEL
nom :
adresse :
téléphone :
fax :

Copropriété du 51-55

ETAT DE LA PROTECTION

type :

date :

 

ORGANISME RESPONSABLE DE LA PROTECTION

nom :
adresse :
téléphone :
fax :


 

2. HISTOIRE DU BÂTIMENT

commande :
Immeuble de rapport et Agence d'architecture A. et G. Perret

architecte :  
Perret Frères, architectes, constructeurs, béton armé (Auguste, Gustave et Claude)

autres architectes et intervenants :
Sculpteur André Abbal, auteur de l'oeuvre "deux amours luttant" placée au-dessus de l'entrée de l'immeuble

ingénieurs :

contractants:
Perret Frères, architectes, constructeurs, béton armé (Auguste, Gustave et Claude)

CHRONOLOGIE

date du concours :
date de la commande :
période de conception:
durée du chantier : inauguration :


permis de construire paru au Bulletin municipal du 18 sept. 1929
1925-1930 environ
début : 1930      fin : début 1933

ETAT ACTUEL DU BÂTIMENT

Usage :
Ensemble d'habitations et de bureaux
Siège de UIA (Union Internationale des Architectes)

Etat du bâtiment :
Bon état à l'extérieur. Un morceau de parapet est tombé du 7ème étage (100 kg environ) : il a été restauré à l'identique.

Résumé des restaurations et des autres travaux conduits, avec les dates correspondantes:
Les Frères Perret habitèrent et installèrent leur agence dans cet immeuble à partir de 1933 (date du déménagement du 25bis rue Franklin) jusqu'à la mort d'Auguste Perret en 1954.
Par la suite, les bureaux de l’agence ont été utilisée par l'architecte Fernand Pouillon qui les quitte en 1962.
Dans les années 80, l’ancienne agence sert de salle de sports : le "Centre de la grande forme". Elle est à cette occasion vidée de ses meubles qui sont dispersés.
On y trouve actuellement une étude d'avocat ; l'espace a été divisé en bureaux et l'escalier est désormais masqué par une paroi. Elle a de ce fait perdu son aspect d'origine.
L'appartement du 7ème étage, où logeaient Mr et Mme A. Perret, a été légué à l'Association Auguste Perret Architecte. Il est conservé en l'état, avec quelques meubles d'origine. On y trouve le Secrétariat de l'Association UIA (Union Internationale des Architectes) ; visite sur rendez-vous : tel : (+33) 0145 24 36 88.

 

3. DOCUMENTATION / ARCHIVES

archives écrites, correspondance, etc :
Le fonds Perret, composé de 21.000 épures, photographies et documents divers a fait l'objet de donations en 1956 et 1972. Ce fonds est déposé à l'IFA, 127-129 rue de Tolbiac, 75013 PARIS, tel : (+33) 1. 45 85 12 00.

dessins, photographies, etc :
sous la côte 29-7 :
- des dessins des deux façades (rue Raynouard et rue Berton),
- un recueil de plans d'aménagement intérieur daté de 1926,
- un ensemble intéressant de dessins de mobilier : chaises, tables, tréteaux, etc. dessiné probablement pour l'Agence et l'appartement d'A. Perret, daté de 1933.
sous la côte 153-343 :
- un ensemble de photographies du chantier, des vues de l'immeuble, de l'appartement du 7ème étage et des photos de l'Agence avec son escalier.

autres sources, films, video, etc :

principales publications (par ordre chronologique) :
Vago (Pierre), "Spécial Perret", L'Architecture d'aujourd'hui, octobre 1932, pp. 102-115.
Imbert (Charles), "Immeuble de rapport, 51 rue Raynouard, à Paris. Architectes: A. et G. Perret", La Technique des Travaux, IX, 1933, n°4, pp 194-203.
De Thubert (E.), "Un immeuble, 51-55, rue Raynouard à Paris, par A.-G. Perret architectes", La construction moderne, 9 décembre 1934, n°10; pp. 224-232.
Anonyme, "Immeuble et hôtel particulier rue Raynouard, à Paris (1933). Architectes : A. et G. Perret", L'architecte, XI, juin-juillet 1934, pp.57-60.
Champigneulle (Bernard), A. Perret, Ed. Arts et métiers graphiques, Paris, 1959.
Colins (Peter), Concrete, Ed. Faber and Faber, London, 1959, (photos p. 69 et 70).
Anonyme, "Dossier A. Perret", Architecture Mouvement Continuité, n° 37, 1975,pp.5-37.
Gagneux (Marie-Christine), "Les espaces de l'architecte", L'architecture d'aujourd'hui, n° 182,nov-dec 1975, p.5.
Catalogue de l'exposition du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers); A. et G. Perret, Ed. CNAM, Paris, 1976.
Benevolo (Leonardo), Histoire de l'architecture moderne, Ed. Dunod, Paris,1979, (volume 2, p. 82).
Delorme (Jean-Claude) et Chair (Philippe), L'Ecole de Paris, Ed. du Moniteur, Paris, 1981, pp. 33-38.
Lemoine (Bertrand) et Rivoirard (Philippe), Paris, l'Architecture des Années trente, Ed. La Manufacture, Lyon, 1987, p. 209.
Abram (Joseph), "Un savoir-faire urbain implicite: les immeubles de rapport des frères Perret", Les Cahiers de la recherche architecturale, 1988, n° 22, pp; 54-65.
Chemetov (Paul), Dumont (Marie-Jeanne), Marrey (Bernard), Paris-Banlieue 1919-1939, Ed. Dunod, Paris, 1989, p. 97 et 98,
Martin (Hervé), Guide de l'architecture moderne à Paris 1900-1990, Ed. Syros, Alternatives, Paris, 1987, p.184.
Gargiani (Roberto), Auguste Perret ; la théorie et l'oeuvre, Ed. Electa-Gallimard, Paris, 1994, 338 pages (avec bibliographie détaillée)

 

4. DESCRIPTION DU BÂTIMENT

L'immeuble est situé sur un terrain de 356 m2, en forme de trapèze, situé à flanc de coteau avec vue sur la Seine et présentant une dénivellation de 11 m (entre la rue Berton et la rue Raynouard).
Lors de sa construction, le 51-55 rue Raynouard était enserré entre deux immeubles : le n° 49 qui a laissé place au jardin du Musée Balzac et le n° 57 qui, démoli, a permis la construction d'un escalier reliant les deux rues.
Le bâtiment comporte 13 niveaux de surface inégale.
4 niveaux "techniques" recouvrent la totalité du "trapèze" et s'ouvrent sur la seule rue Berton (en liaison de la dénivellation existante). Il s'agit, dans l'ordre ascendant, des caves, des garages, des chambres de bonne et du "niveau bas" de l'Agence des Frères Perret.
Le niveau supérieur (de surface identique aux précédents) correspond au rez-de-chaussée de la rue Raynouard. Il comprend le "niveau haut" de l'Agence (accueil), l'entrée de l'immeuble d'habitation avec la loge du concierge.
Au-dessus de ce niveau se trouvent :
- le "bâtiment haut", constitué de 8 étages d'appartements, (le 7ème et le 8ème étant d'une surface inférieure à celles des autres)
- une terrasse de surface réduite qui relie à un local d'un étage ; la construction de ce local, appelé parfois faussement "hôtel particulier", s'explique par un vis à vis avec le 57 rue Raynouard ; il était utilisé comme dépendance par le personnel de l'Agence.
Au rez-de-chaussée du 55 rue Raynouard, se trouvaient l'accueil et les bureaux de l'Agence d'Architecture Perret Frères.
Un escalier en spirale permettait de descendre à l'étage inférieur, lieu de travail des dessinateurs dont le bureau d'angle était occupé par le "patron". Ce niveau bas formait en tout une surface d'environ 300 m2 ; une vaste paroi vitrée de 35m de long, légèrement en dehors de l'ossature, fenêtre-bandeau assez rare dans l'oeuvre de Perret, permettait de recevoir la lumière naturelle.
La présence de l'escalier ajoutait à l'espace une note sculpturale très marquée. Il était poli "à la boucharde", procédé souvent utilisé par les Frères Perret, consistant à mettre à nu du gravier sans entamer le béton.
Au n° 51, l'entrée de l'immeuble d'habitation, en pierre de taille et à deux niveaux, présente un aspect noble et austère.
Dans le hall, sur le côté gauche, se trouvent la loge de la concierge, la porte du monte-charge, celle de l'escalier de service et les deux ascenseurs. Ces ascenseurs semblent monter dans le vide : les parois extérieures sont vitrées et permettent une vue saisissante sur la colline de Chaillot.
Chaque étage comporte un appartement d'environ 250 m2.
L'appartement du septième étage, qui fut habité par le couple Perret, est le seul qu'on puisse actuellement visiter : en sortant de l'ascenseur, la porte d'entrée introduit dans une pièce rectangulaire qui communique avec le salon panoramique, espace somptueux rythmé par des colonnes qui servent en même temps de poutres de soutien de l'édifice.
Sur le côté droit se trouvent la salle à manger et la cuisine et du côté gauche, vers le Sud, les chambres et la salle de bain. La chambre du septième de forme octogonale est particulièrement luxueuse avec la présence d’une coupole et ses revêtements en marbre.
Cet appartement, largement entouré de balcons, a une superficie inférieure à celle des autres.
L'appartement du huitième et dernier étage est indépendant ; accessible par escalier depuis le septième, il a pu servir comme logement d'amis pour la famille Perret.
La structure portante est formée d'une ossature en béton visible de l'extérieur.
Les éléments de remplissage sont en pans de béton préfabriqués à triple épaisseur.
De larges baies régulières avec des portes-fenêtres et des balcons ornés de ferronneries créent un ensemble typique de l'architecture parisienne.
La corniche joue un rôle et unifie les volumes.

 

5. RAISONS JUSTIFIANT LA SELECTION EN TANT QUE BÂTIMENT DE VALEUR REMARQUABLE ET UNIVERSELLE

1. appréciation technique :
Perret a non seulement maîtrisé les difficultés de la parcelle, irrégulière et en pointe. Il a su également tirer parti de l’importante dénivellation.
La structure portante est formée d'une ossature en béton armé externe, visible en façade et de points d'appui internes. Comme on le voit sur les photos du chantier, des poutres soutiennent les planchers à la manière d'un tronc d'arbre : une rangée unique au niveau bas se dédouble aux étages et caractérise l'espace de chaque appartement.

2. appréciation sociale :
L'immeuble témoigne d'une recherche de rationalité pour les aménagements internes (grâce à la présence de minces cloisons autonomes qui autorisent une grande liberté de volumes) et présente un ensemble de caractéristiques exceptionnelles pour l'époque.
L'appartement personnel d' A. Perret, desservi par ascenseur, occupe le 7ème étage avec une vue magnifique sur la Seine et la colline de Chaillot alors que les chambres de bonne, reléguées dans les combles des habitations de standing à Paris, sont ici situées à un niveau bas, entre les garages et l'Agence d'architecture.
Les installations sont luxueuses : double vitrage, système de ventilation réglable. Ce fut le premier immeuble parisien à utiliser l'électricité pour le chauffage, par accumulation.
La clarté de la composition, la recherche du confort maximal dans les appartements, les finitions de qualité, justifient que ce bâtiment soit un édifice parisien de référence des années trente.
Cette réalisation participe au renouveau et au développement du quartier Passy-Auteuil, où des demeures avec jardin laissent progressivement la place à des immeubles résidentiels et luxueux.

3. appréciation artistique et esthétique:
L'architecte a réussi une composition optique qui suggère solidité et symétrie ; on retrouve des éléments de l'architecture en pierre, comme l'entablement, les fenêtres verticales et les angles pleins. L'ensemble évite toute idée d'"excentricité" des formes ; l'historien L. Benevolo considère A. Perret comme le dernier grand classique français.
Toutefois le béton est omniprésent. La sculpture d'A. Abbal, posée au-dessus de l'entrée est la seule touche étrangère et de fantaisie.
Visible depuis le rue Berton, la fenêtre-bandeau vitrée, légèrement en saillie, occupe toute la façade et éclaire le lieu de travail du bureau d'études. Cet élément étant rare dans l'oeuvre du maître, il est important d'en souligner la particularité architecturale.
L'escalier de l'Agence est un chef d'oeuvre avec sa forme en ellipse.

4. arguments sur le statut canonique (local, national, international) :
Plusieurs revues d'avant-garde architecturale en France ont décrit cette réalisation, même avant la fin du chantier.
Sa renommée n'a pas ensuite atteint celle du 25bis rue Franklin.
Plus récemment on a placé cette réalisation dans une redécouverte des formes de l'architecture parisienne des années trente et dans le mouvement appelé "Ecole de Paris" en architecture.

5. évaluation du bâtiment en tant qu’édifice de référence dans l’histoire de l’architecture, en relation avec des édifices comparables:
Cet édifice qui est un beau spécimen de l'architecture d'avant-garde des années 30 à Paris doit en partie sa renommée au travail de pionnier du "Maître" A. Perret ; c'est ici qu'il avait son Agence et sa demeure.
Les réalisations de Perret, presque exclusivement en béton armé, sont d'une grande diversité de conception et de forme : c'est ainsi que, rue Raynouard, il a su admirablement tirer parti de la parcelle irrégulière et en faire un ensemble homogène.
La modernité est évidente dans les aménagements luxueux, en particulier les deux ascenseurs à paroi vitrée qui permettent aux utilisateurs une vue étendue sur la ville, sorte de voyage en hauteur et les garages incorporés dans le bâtiment, au rez-de-chaussée de la rue Berton qui occupent tout le niveau.
Perret anticipe sur le rôle de la voiture dans la ville ; par commodité un escalier intérieur relie directement le garage avec l'entrée de l'immeuble et l'ascenseur.

 

6. PHOTOGRAPHIES ET ARCHIVES VISUELLES
liste des documents assemblés dans le dossier

1. archives visuelles originales:
A. Façade rue Raynouard, dessin, Archives IFA, 29.7.
B. Façade rue Berton, dessin, Archives IFA, 29.7.
C. Etude des structures verticales, dessin, Archives IFA, 29.7.
D. Photo du chantier : structure portante, Archives IFA, 153.343.
E. Photo du chantier, vu de la rue Berton, Archives IFA, 153.343.
F. Planimétrie des étages, du sous-sol au 8ème étage, planche extraite de la revue La technique des travaux, n° 4, 1933, p. 196 et 197.
G. L'Agence d'Architecture Perret Frères et l'escalier en spirale, photo Codé, Archives IFA,153.343.

2. photographies et dessins récents:
H. Détail de l'ossature en béton armé, rue Berton, photo Contessi, 1995.
I. Façade rue Raynouard, photo Contessi, 1995.

 
Rapporteur : Andréa Contessi
Direction scientifique : Fabienne Chevallier et Marie Vives
 
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ANNEXE :
L'UNION INTERNATIONALE DES ARCHITECTES (UIA)

L'Union Internationale des Architectes (UIA) est une Association (loi de 1901) qui regroupe des organismes d'architectes de 100 Pays environ et est financée par les cotisations des adhérents.
Le Secrétariat Général est situé : 51 rue Raynouard 75016 PARIS
tel : (+33) 1 45 24 36 68
fax : (+33) 1 45 24 02 78
Il occupe l'appartement du 7ème étage, légué par Mme A. Perret à la Fondation A. Perret.
L'UIA est un Organisme International apolitique qui représente officiellement les professionnels de l'architecture dans les instances et concours internationaux. Il encourage les échanges et la promotion de l'architecture, organise des séminaires entre professionnels.
Associé à l'UNESCO depuis 1956, l'UIA vérifie le bon déroulement des compétitions internationales ; l'UIA distribue des Prix tous les 3 ans (Prix UIA et Médaille d'or UIA) et organise des Congrès Internationaux.

 

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