Le Havre : Maison de la culture “le Volcan”
Fiche DOCOMOMO


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Le "Volcan" ou espace Niemeyer. ©Photographie Cyril Jamet, VDH

 

Fichier international de DoCoMoMo
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1. IDENTITE DU BÂTIMENT OU DE L’ENSEMBLE

nom usuel du bâtiment :
variante du nom:


numéro et nom de la rue :
ville :
pays :
Le Volcan
Maison de la Culture du Havre (M.C.H.) ; Espace Oscar-Niemeyer
Place Charles de Gaulle
Le Havre                     code : 76600
France
PROPRIETAIRE ACTUEL
nom :
adresse :

téléphone :
téléphone Le Volcan :
fax Le Volcan :

Municipalité du Havre
57, place de l'Hôtel de Ville, 76600 Le Havre
02 35 19 45 45
02 35 19 10 10
02 35 19 10 00

ETAT DE LA PROTECTION

type :

ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager)

date :

1995

ORGANISME RESPONSABLE DE LA PROTECTION

nom :
adresse :

téléphone :
fax :

Mairie du Havre
57, place de l'Hôtel de Ville
76600 Le Havre
02 35 19 45 45
02 35 19 46 15

 
   
Volcan 001 : croquis général d'Oscar Niemeyer et Volcan 002 : coupe du grand Volcan
 

2. HISTOIRE DU BÂTIMENT

commande :
La place Gambetta (actuelle place du Général de Gaulle) est affectée, dès sa reconstruction, à l'hébergement d'un équipement municipal monumental. En octobre 1945, dans une interview, Perret déclare : « A l'emplacement du théâtre, nous bâtirons un ensemble qui sera le centre de la vie intellectuelle et artistique du Havre. » Depuis le début du 19 ème siècle avec la construction du Grand Théâtre, la place Gambetta était un haut-lieu havrais et un centre de convivialité urbaine grâce à l'animation des cafés.
Sur le côté, la petite place volontairement désaxée (actuelle Place Perret) doit laisser découvrir sous un angle flatteur, ce futur théâtre, sur son emplacement d'avant-guerre. Perret imagine un monument intégré dans de légères architectures parcourues de portiques permettant de traverser la place à couvert. Pierre Dalloz propose une étude sur un programme comprenant des clubs nautiques, des bureaux de tourisme et des cafés. Treize projets sont soumis, dont ceux de Gérard du Pasquier, Gaston Delaune et Jacques Lamy en 1951, de Guy Lagneau et Raymond Audigier en 1954 et de Gleize en 1957-1959, mais les crédits prévus sont attribués à d'autres projets prioritaires et la place reste vide. À la fin des années 1950, Jacques Tournant préconise de coupler des commerces avec le théâtre et, en 1961, émerge l'idée d'un « embryon de centre des affaires ». La naissance de la Maison de la Culture sur ce site va donc être liée à cette volonté de créer conjointement un centre commercial.
En 1967, la Maison de la Culture, séparée du musée des Beaux-Arts où elle avait ouvert en 1961, s'installe à titre provisoire dans les murs du Théâtre de l'Hôtel de Ville qui jouxte le bâtiment à l'est. L'idée de construire une Maison de la Culture, indépendante et comprenant un théâtre, est ravivée. En 1966-1967, Guillaume Gillet (Gaston Delaune et Gérard du Pasquier, architectes d'opération) établit un projet d'aménagement circulaire de la place Gambetta comprenant des commerces, un parking souterrain ainsi qu'un bâtiment accueillant tout à la fois un théâtre, un centre culturel un casino municipal et un bowling. En 1972, la municipalité communiste du Havre, dirigée par André Duroméa, décide de surmonter les hésitations du Ministère des Affaires Culturelles en imposant l'architecte brésilien mondialement célèbre, Oscar Niemeyer. En 1973, une étude de programmation municipale est réalisée par le Bureau d'Études pour les travaux d'équipements culturels et sportifs. Puis Niemeyer entre également en concertation avec les Havrais pour préciser le programme : en 1974, il présente un avant-projet au grand public, suivi d'un film sur son œuvre et d'un débat. Suite à plusieurs projets dont le fonctionnement est jugé trop avant-gardiste, Niemeyer entreprend un aménagement global de la place pour être en accord avec la municipalité.
En 1976, le projet de ce nouvel ensemble culturel et commercial est interrompu par le Secrétariat d'État à la Culture, mais une importante campagne publique de pétition menée par le Conseil d'Administration de la MCH (Maison de la Culture du Havre) permet de le relancer en 1977.
La maîtrise d'ouvrage est menée par la Société d'Aménagement de la Région du Havre pour la Ville du Havre.
Coût : 56 millions de francs.
Surface intérieure des bâtiments : 12 219,20 m² (Grand Volcan 6 948,90 m² ; Petit Volcan 5 270,30 m²).

architecte :    Oscar Niemeyer
dont l'agence parisienne est en activité de 1972 à 1981.

autres architectes et intervenants :
L'architecte français Jean-Maur Lyonnet (architecte d'opération collaborateur de Niemeyer), qui avait déjà travaillé avec Niemeyer pour le siège du PCF (Paris, 1965-1980) ; Charles Mourier, conseil scénographique et technique pour la Ville du Havre, directeur technique chargé de suivre la progression du chantier  ; l'architecte havrais Jean-Pierre Pinon et son successeur Bernard Goument représentant le service architecture de la Ville du Havre  ; Albert Giry pour l'acoustique ; Raymond Linotte scénographe et représentant de la Maison de la Culture du Havre.

ingénieurs:
Bureau d'Études E.G.I (spécialiste de voiles minces du groupe Quillery) ; Cabinet Hapel

contractants:
Gros-œuvre Quillery S.A. Saint Maur ; étanchéité SPAPA ; électricité Saunier Duval ; menuiserie bois M.B.S. ; menuiserie métallique M.A.D.-Sabatier

CHRONOLOGIE

date du concours:
date de la commande :
période de conception :
durée du chantier :
inauguration :


1972
1972-1978
début : 1978
18 nov. 1982




fin :
1982

ETAT ACTUEL DU BÂTIMENT

Usage :
Un t héâtre de 1200 places et un cinéma de 350 places dans le Grand Volcan ; une salle polyvalente de 200 à 500 places, un auditorium de 80 places, des salles de réunion et de répétition dans le Petit Volcan ; un hall d'exposition, des ateliers, des bureaux dans les espaces intermédiaires ; un parking de 600 places ; une piazza encaissée.

Etat du bâtiment :
État moyen. Le revêtement des deux volcans est usé par le passage de skateboards en partie basse. A l'intérieur du Grand Volcan, on peut noter des fuites au niveau des fenêtres et le fait que le mobilier d'origine soit sous-exploité. La municipalité projette de lancer une étude.

Résumé des restaurations et des autres travaux conduits, avec les dates correspondantes:
1988: nouvelle signalétique de néons conçue par Yvan Le Soudier
1993 : rénovation du revêtement des deux bâtiments
1997: travaux
- le réseau d'alimentation des éclairages du Grand Volcan est refait
- amélioration de l'acoustique du Grand Volcan par un habillage de bois disposé de part et d'autre de la salle
- la moquette mauve du Grand Volcan est remplacée par une moquette anthracite
- réfection du hall du cinéma
Reconfiguration de la salle polyvalente du Petit Volcan :
- augmentation de la hauteur sous grill (de 6 à 8 mètres)
- une modularité à 3 niveaux pour la scène permet de transformer facilement la fonction de la salle
- nouveaux gradins
- des panneaux de bois ont été placés par-dessus le béton brut
- création d'un petit salon attenant aux loges
2001 : une cage de verre abritant les ascenseurs du parking est élevée sur la place.

 
   
Volcan 003 : plan masse et Volcan 004 : photomontage de la maquette
 

3. DOCUMENTATION / ARCHIVES

archives écrites, correspondance, etc :

dessins, photographies, etc :

Archives municipales de la ville du Havre :
- Fonds Contemporains :
FC M4 C145 L1 : avant-projet du Grand Théâtre (1951-1959 et 1961-1965)
FC M4 C145 L2 : théâtre, casino, bowling de l'ensemble architectural de la place Gambetta (1958-1968)
FC M4 C166 L1 : ensemble architectural de la place Gambetta (1972-1973)
FC M4 C166 L2 : programme de la construction d'un ensemble culturel (1974)
- Dossier documentaire 29/3.1, 6.1
- Archives 196 BCX, 4 W 120 à 123 :
4 W 120 : dossier d'avant-projet de l'Ensemble culturel du Havre 1976-1977 (plans, coupes, tracés régulateurs) ; dossier parking place Gambetta.
4 W 121 : dossier d'avant-projet détaillé ; plans (dont plans modifiés).
4 W 122 : avant-projet détaillé du parc de stationnement Gambetta (10 juin 1976 : service de l'architecture, rapport de présentation de l'avant-projet de l'aménagement de la place Gambetta)
4 W 123 : permis de construire
BC 196 MODIF : dossier fondations et sondages.
- Rapport sur les problèmes du commerce de détail au Havre, 1961.

Archives de la Chambre de Commerce du Havre :
- Documents concernant des études menées sur l'aménagement de la place Gambetta par le CETCO (centre havrais d'études techniques et commerciales) avant et après le choix du projet définitif de Niemeyer.
- Carton 1999-1-55 : bulletins du CETCO n°4 (avril 1966, photomontage du projet) et n°12 (mars 1970, plan d'un projet) ; CETCO, Le Havre Actualités n°3 (1973), n°4 (1974) et n°7 (1976).

Archives de l'IFA (Institut français d'architecture) :
- Fonds Auguste Perret : « Perspective aérienne de la place Gambetta » 535 AP74/1, 45.1.357 et 535 AP 73/1 n°CNAM 45.1.37t (18 janvier 1948).
- Fonds Guillaume Gillet, boîte 187 : projet d'un théâtre-casino-centre culturel

Centre de Documentation de l'Architecture et du Patrimoine (CDAP), DRAC de Haute-Normandie (Rouen) ou base Mérimée sur le site www.culture.gouv.fr : fiches signalétiques des dossiers étudiés par l'Inventaire.
Numéros Mérimée IA00130249 ; sculptures IM76004487 (« le mur Chanteloup », Martine Boileau, dépôt de l'Etat, 1974), IM76004488 (« la Main », 1982).

autres sources, films, video, etc :
Interview de Niemeyer à la Maison de la Culture du Havre, 1981.
Vidéos :
- Clairval (Cécile), Ricard (Olivier) réalisateur, Une architecture lyrique, Oscar Niemeyer, produit par la 2 ème chaîne de la télévision française, 1974.
- Mouriéras (Claude), Le Havre - Espace Oscar Niemeyer, Maison de la Culture du Havre, 1983.
- Wajnberg (Marc-Henri) réalisateur, van Eck (Rogier) scénariste, Production Arte France, Panic Productions (Paris), Wajnbross Productions (Bruxelles), RTBF (Télévision belge), Polo de Imagem (São Paulo), 2002.

principales publications (par ordre chronologique) :

Ouvrages sur Niemeyer
Papadaki (Stamo), Oscar Niemeyer, masters of world architecture, New York, 1960.
Niemeyer (Oscar), Mon expérience à Brasilia, Paris, 1963.
Spade (Rupert), Oscar Niemeyer, Londres, 1971.
Niemeyer (Oscar), Niemeyer, Lausanne, 1977.
Niemeyer (Oscar), La forme en architecture, Paris, 1978.
Luigi (Gilbert), Oscar Niemeyer : une esthétique de la fluidité, Marseille, éditions Parenthèses, 1987.
Bailby (Edouard), Niemeyer par lui-même, entretien autobiographique, éditions Balland, 1993.
Petit (Jean), Niemeyer, poète d'architecture, Lugano, Sidia Edizioni d'Arte, 1995.
Sewaga (Hugo), Arquiteturas no Brasil : 1900-1990, São Paulo, Editora da Universidade de São Paulo, 1998.
Niemeyer (Oscar), As courvas do tempo, memórias, Rio de Janeiro, Editoria Revan, 1998. Les courbes du temps, mémoires, Paris, Gallimard, 1999.
Salvaing (Matthieu), Oscar Niemeyer, Paris, Assouline, 2002.
Segawa (Hugo), The reception of the Brazilian Trend, Proceedings of the Seventh International Docomomo Conference (ed. Fabienne Chevallier and Jean Yves Andrieux), 16-19 septembre 2002.

Ouvrages sur l'architecture brésilienne
Hitchcock (Henry-Russell), Latin American Architecture since 1945, New York, 1955.
Mindlin (Henrique), Modern Architecture in Brazil, New York, 1956.
Evenson (Norma), Two Brazilian Capitals Architecture and Urbanism in Rio de Janeiro and Brasilia, Londres, 1973.
Bruand (Yves), L'Architecture contemporaine au Brésil, Paris, 1980.
Dekker (Zilah Quezado), Brazil built, the Architecture of the Modern Movement in Brazil, New York, Spoon Press, 2001.

Ouvrages sur le Havre
Godefroy (Georges), Le Havre, ville neuve, Le Havre, éditions du Large, 1954, maquette du 1 er projet de théâtre pl. 74.
Cremnitzer (Jean-Bernard), Architectures au Havre, 1840-1989, Le Havre, Division Aménagement et Urbanisme de la Ville du Havre, 1988, coupe du Volcan.
Plouchard (François), Histoire de la Maison de la Culture du Havre, 1961-1984, mémoire de maîtrise, Université de Rouen, Institut d'Histoire, 1992.

Ouvrage et travaux sur les Maisons de la Culture
Colloque Les Maisons de la Culture dans la cité, Maison de la Culture d'Amiens, 1976.

Ouvrage général
Monnier (Gérard), L'architecture moderne en France, tome 3 De la croissance à la compétition, 1967-1999, Paris, Picard, 2000.

articles
s
ur le Brésil et Niemeyer
L'Architecture d'Aujourd'hui
n°13-14, septembre 1947, spécial Brésil.
L'Architecture d'Aujourd'hui n°42-43, 1952, spécial Brésil.
L'Architecture d'Aujourd'hui n°90, 1960, spécial Brésil.
« Portrait de Niemeyer », Jardin des arts n°178, 1966, p. 14-25.
« Oeuvres de Niemeyer », Architectural Review n°151, 1972, p. 135-144.
« Portrait de Niemeyer », D'A n°39, octobre 1993, p. 36-38.
« Portrait de Niemeyer » BeauxArts n°213, février 2002, p. 64-69.
« Portrait de Niemeyer », Connaissance des arts n°591, février 2002, p. 48-55.
« Entretien avec Niemeyer », D'A n°118, février 2002, p. 8-11.

sur la Maison de la Culture/Théâtre du Havre
« Un théâtre définitif de 3000 places sur la place Gambetta », Le Havre Libre, 19 juin 1947, p. 1.
L'Architecture d'Aujourd'hui n°23, mai 1949, Les lieux du spectacle.
« Le conseil municipal adopte l'avant-projet du théâtre de Du Pasquier, Delaune et Lamy », Le Havre libre, 22 décembre 1954.
« En 1966 la place Gambetta aura retrouvé son Grand Théâtre », Le Havre Libre, 10 décembre 1963, p. 1 et 6.
« Les programmes français de maisons de la culture », L'Architecture d'Aujourd'hui n°112, février-mars 1964, Détente loisirs évasion, p. 27.
Jager (A.), « Les maisons des jeunes et de la culture », Techniques et Architecture, février 1964, p. 90.
« Ce que sera la place Gambetta avec l'ensemble Grand Théâtre - Maison de la Culture - Casino », Le Havre Libre, 16 décembre 1964, p. 3.
Jager (A.), « Les maisons de la culture », Techniques et Architecture, février 1965, p. 128-137.
« Les maisons de la culture en France », L'Architecture d'Aujourd'hui n°129, décembre 1966-janvier 1967, Les édifices culturels, p. 64.
« La Maison de la Culture du Havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°152, octobre-novembre 1970, Les lieux du spectacle, p. 41.
« Premiers plans et maquettes de la Maison de la Culture du Havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°171, janvier-février 1974, spécial Niemeyer, p. 86.
« La Maison de la Culture du Havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°184, 1976, p. XIX-XXIV.
« Le projet Niemeyer remis en question », Le Havre Libre, 22 décembre 1976.
« La Maison de la Culture du Havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°199, octobre 1978, Les lieux du spectacle, p. 71-73.
« Le gros œuvre du petit volume est achevé », Le Havre Libre, 28 mai 1980, p. 3.
« Niemeyer explique son travail », Le Havre Libre, 1 er juillet 1980.
« La Maison de la Culture du havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°210, 1980, p. XXVI-XXVII.
« Le Centre Culturel, pôle d'attraction des architectes et techniciens français », Le Havre Libre, 22 janvier 1981, p. 3.
Oscar Niemeyer, « Architecte », Techniques et Architecture n°334, 1981, p. 64-65.
« Entretien avec Niemeyer », Construction moderne n°30, juin 1982, p. 19-26.
« Ouverture du Centre Culturel », Le Havre Libre, 17 octobre 1982, p. 3.
« Entretien avec Niemeyer », Le Havre Libre, 10 novembre 1982, p. 3.
« A une semaine de l'Inauguration », Le Havre Libre, 11 novembre 1982, p. 3.
« Inauguration de la Maison de la Culture », Le Havre information n°67, décembre 1982.
« Dossier Maison de la Culture du Havre », L'Architecture d'Aujourd'hui n°228, septembre 1983, p. 20-27.
« Dossier Maison de la Culture du Havre », Construction moderne n°36, décembre 1983, p. 2-8.
Urbanisme et architecture n°245, mars 1991, p. 6-8.
« Espace Niemeyer, la place de la Culture », D'A n°42, janvier-février 1994, p. 44-45.
« Grands travaux au Volcan », Le Havre Libre, 6 août 1997, p. 7.
« Depuis 20 ans, Niemeyer toujours en formes », Le Havre Libre, 27 mars 2002, p. 7.

 
      
Volcan 005 : foyer du théâtre, Volcan 006 : porte de passage du matériel dans les coulisses du théâtre et Volcan 007:
porte de passage du matériel dans les coulisses du théâtre ©Photographie RSP, DOCOMOMO France, VDH
 

4. DESCRIPTION DU BÂTIMENT
(état initial)

La Maison de la Culture se situe dans le prolongement du Bassin du Commerce, l'un des paysages essentiels du centre-ville, sur une place carrée de 120 mètres de côté, entourée au sud, au nord et à l'ouest par des immeubles de l'atelier Perret à trame orthogonale. Niemeyer n'a pas voulu concevoir des bâtiments dont la forme entrerait en contradiction avec l'architecture environnante. C'est un architecte conscient de l'emprise urbaine de son œuvre : il joue sur les oppositions d'échelles, de masses et de niveaux. Sa composition est orientée sur l'axe de la diagonale de la place mais ne dépasse pas les immeubles qui la bordent.
Dès son premier projet, plutôt que de réaliser un unique bâtiment dense, Niemeyer propose le système du forum en contrebas des rues avec des boutiques abritées sous des marquises en béton et deux bâtiments circulaires (le théâtre et la salle polyvalente) reliés par une grande dalle comprenant l'accueil, les expositions, les restaurants, la garderie et les bureaux de renseignements. À 3,70 mètres au-dessous de la place, la circulation des piétons est ainsi protégée par un large auvent qui ondule. Cette dalle en cantilever prolonge le sol de la ville si bien que les deux édifices blancs semblent surgir du sous-sol. L'affinement vers le haut de ces volumes de surface gauche amplifie cet élan dynamique. Niemeyer a rabaissé la place pour créer une architecture inédite qui tienne compte du climat (les vents de la mer) et de l'environnement (l'harmonie des bâtiments alentour). C'est une place qui multiplie les dimensions architecturales : les passants ne voient pas les éléments d'un seul point de vue, ils peuvent aussi regarder la place d'en haut. Niemeyer prouve ici qu'il sait adapter au temps havrais son langage architectural inventé au Brésil. Le but de Niemeyer est de dissimuler ce qui peut l'être et de laisser la surface du sol aussi aérée que possible.
Les deux niveaux inférieurs, placés en dehors de l'emprise des bâtiments, au-dessous du forum, abritent le parking.
Les éléments du programme sont répartis entre deux bâtiments distincts : l'un haut et massif, l'autre plus discret et plus ouvert. Cette partition est chère à Niemeyer qui aime séparer des volumes correspondant à des fonctions différentes sans établir de contacts apparents entre eux, notamment au Siège du Parti Communiste français et à la Bourse du Travail de Bobigny. « Quand il y a deux bâtiments, l'espace entre eux existe, il fait partie de l'architecture », déclare-t-il. À la surface aveugle et dissymétrique du théâtre répond la façade régulièrement trouée de meurtrières de la salle polyvalente. De rares ouvertures apportent la lumière naturelle dans les halls, le foyer-bar et les bureaux. La lumière artificielle est conçue de manière à être indirecte.
Les coffrages ont été réalisés avec des planches de bois sablées pour conserver au décoffrage un parement brut aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des deux bâtiments. Une coloration blanche a été utilisée pour éclaircir les façades, actuellement revêtues de Revcoat.
Le forum est accessible par trois rampes piétonnes : deux larges en pente douce et une en spirale. Cette dernière devait tenir sans point d'appui mais un pilier a du être ajouté. Sa forme appartient au vocabulaire architectural privilégié de Niemeyer (voir les rampes du vestibule d'honneur du Palais Itamaraty ou du salon d'apparat du Palais du Planalto, Brasilia).
L'entrée du public, depuis le forum, s'ouvre sur un vaste hall d'accueil commun avec la salle de cinéma. Deux escaliers permettent d'atteindre le foyer du public du théâtre. Celui-ci est aussi directement accessible par la rue grâce à des portes à ouverture automatique ménagées sur le plan de la façade du Grand Volcan. La première étude proposait un théâtre de conception nouvelle, avec une scène tournante, de façon à varier la position du public au cours du même spectacle. Cette idée tentait Niemeyer car elle lui permettait ainsi de contribuer à la recherche théâtrale. Mais ce système a été rejeté au profit d'un théâtre classique (ouverture de scène de 27,50 mètres de largeur sur 8,50 mètres de hauteur). L'amphithéâtre de la salle est en forme de coquille. L'ensemble salle/scène occupe la totalité du volume de la coupole dont les parois ont été laissées apparentes. En revanche, la salle polyvalente a un volume de forme moitié hémi-cylindrique, moitié trapézoïdale et possède une surface circulaire libre et modulable (les spectateurs peuvent être de part et d'autre de la scène, l'entourer ou lui faire face).
Niemeyer a également cherché à composer une atmosphère à l'intérieur : les sièges de la salle de théâtre dessinent un parterre coloré et dans le foyer des miroirs fumés réfléchissent la lumière de façon mystérieuse. Le mobilier du hall (fauteuils, poufs) appartient à ses créations.
La sculpture-fontaine fixée sur le Grand Volcan a été effectuée d'après un moulage de la main de Niemeyer. L'inscription reprend une citation manuscrite de l'architecte en légende d'un croquis de la Maison de la Culture.
La sculpture de l'esplanade, disposée quelques années plus tard, a été exécutée par Martine Boileau d'après un dessin de Niemeyer (dépôt de l'État).

 
   
Volcan 008 : détérioration du revêtement du grand Volcan et Volcan 009 : grand Volcan
©Photographie RSP, DOCOMOMO France, VDH
 

5. RAISONS JUSTIFIANT LA SELECTION EN TANT QUE BÂTIMENT DE VALEUR REMARQUABLE ET UNIVERSELLE

1. appréciation technique :

L'architecture de la Maison de la Culture est le fruit de performances techniques. Les volumes sont engendrés par les potentialités du béton (40 000 m3 ont été utilisés). Les nappes maritime et phréatique ont obligé à dresser, sur environ un hectare, un batardeau fermé par une enceinte de parois moulées de 22 mètres de haut. 115 000 m3 de terrassement ont d'abord imprimé en creux les futures formes. 239 pieux de fondation assurent l'assise du bâtiment.
Ici, Niemeyer emploie des surfaces à double courbure comme pour sa chapelle du Palais de l'Aurore (1958-1960) et sa cathédrale métropolitaine de Brasilia (1959-1970). Les deux volumes en superstructures sont caractérisés par une enveloppe béton en coque parabolohyperboloïdique.
Le Petit Volcan est un volume de révolution : un hyperboloïde. Il est formé d'une coque en voiles minces de béton inclinés, appuyés sur des planchers successifs. Son volume est symétrique mais ses parois sont à courbure variable. Un système de coffrages métalliques adaptés aux cadences et à la non-répétitivité des structures a donc été mis en place.
Le Grand Volcan est le volume d'un paraboloïde hyperbolique : la ligne directrice de la construction est une hyperbole contenue dans un plan vertical, qui est le plan de symétrie du volume ; celui-ci est généré par des cercles horizontaux de diamètres variables dont les centres sont situés sur l'hyperbole. Il a été exécuté à partir d'un échafaudage tubulaire imbriqué dans les structures intérieures de la partie basse. Cet échafaudage a été recouvert d'un voligeage général qui a servi de guide et d'appui à un coffrage extérieur en panneaux à parement planches fixé sur ossature métallique à géométrie variable.
Pour éviter une déformation du bâtiment, des études sur le phénomène de dilatation lié aux variations thermiques ont été effectuées. Les plans et les tracés des coques ont été réalisés grâce à l'utilisation d'un programme informatique « HERCULE » dérivé d'un module de calcul spatial de la NASA (cabinet EGI). Tous ces différents calculs tiennent compte du vent, de la température, de l'ensoleillement. Au final, le voile a une épaisseur variable, deux fois plus importante à la base qu'en partie supérieure. Une reprise des efforts horizontaux se fait au niveau du plancher du sous-sol par une dalle de béton armé évidée de plus de 60 centimètres d'épaisseur. La coque est composée d'une isolation thermique et acoustique, d'un pare-vapeur bitumeux, du voile béton et enfin d'une peinture assurant l'étanchéité. Cette technique de « paroi étanche » est alors toute récente.
Au fur et à mesure de l'avancement du chantier, les techniques changent. Cela nécessite une préparation détaillée à chaque phase et la nécessité de composer en permanence des équipes nouvelles. Ce chantier innovant reçoit un grand nombre de visites organisées pour les architectes et techniciens de la construction et des travaux publics français.

2. appréciation sociale :

En tant qu'espace culturel et commercial, le Volcan est un modèle inédit au sein du programme des Maisons de la Culture.
Par sa qualité et ses proportions, son architecture donne à l'action de diffusion culturelle un cadre de prestige idéal et contribue en elle-même à la formation artistique du public. De plus, cette architecture s'oppose à toute hiérarchie des activités en ne privilégiant pas un élément principal qui aurait été prépondérant. Fait relativement rare, cette œuvre a été conçue en étroite union de pensée avec ses futurs utilisateurs. Pour Niemeyer, faire de l'architecture c'est faire acte politique. La phrase qu'il a choisie d'inscrire au-dessus du point d'eau sur le Grand Volcan en rend bien l'esprit : « Un jour, comme cette eau, la terre, les plages et les montagnes, à tous appartiendront ».
Malgré les qualités de la Maison de la Culture, le public havrais n'a pas été unanime, certaines critiques se focalisant notamment sur la rupture créée avec l'espace de la ville.

3. appréciation artistique et esthétique:
L'œuvre d'Oscar Niemeyer est un acte artistique exemplaire au Havre. Ce n'est pas une architecture statique mais une architecture en mouvement, une promenade urbaine et architecturale. La perception des volumes et des espaces est continuellement réinventée selon les déplacements de celui qui les regarde. Le Volcan est caractéristique des recherches plastiques de Niemeyer qui transforme sa construction en sculpture habitable. Entièrement constituée par diverses courbes, la Maison de la Culture s'oppose à l'orthogonalité architecturale en général et au cadre urbain du Havre en particulier. Elle offre un contrepoint au classicisme structurel de Perret et aux typologies de la Reconstruction française. Ces architectures se mettent ainsi en valeur réciproquement : l'une orthogonale et majestueuse, l'autre libre et fluide. Un dialogue s'instaure entre les deux maîtres du béton armé. Avec la passerelle de Guillaume Gillet, le Volcan anime le Bassin du Commerce en provoquant un choc esthétique dans le paysage répétitif du centre reconstruit. Ces volumes blancs évoquent chez les passants les cheminées d'un paquebot. Niemeyer décrit le Volcan comme « une chose non baroque mais avec beaucoup de liberté. » Pour l'architecte brésilien, c'est dans les nouvelles possibilités techniques qu'il faut trouver les voies modernes de la beauté et de la poésie.

4. arguments sur le statut canonique (local, national, international) :
Ce bâtiment a connu et connaît une forte popularité aussi bien localement qu'à un niveau international. Au sein du Havre, après bien des rebondissements abondamment commentés dans la presse locale, son originalité en a fait un symbole fort de la ville. Il est l'un des quatre bâtiments construits en France par Niemeyer. De nombreuses publications lui ont assuré sa renommée.

5. évaluation du bâtiment en tant qu’édifice de référence dans l’histoire de l’architecture, en relation avec des édifices comparables:

La vocation commerciale de la Maison de la Culture du Havre est inédite. Le Volcan peut rappeler le centre civique et culturel des villes nouvelles. En revanche son architecture s'inscrit dans la lignée des Maisons de la Culture construites en France par des architectes de premier plan au cours des années 1960 et dont l'architecture est innovante (Le Corbusier à Firminy 1960-1967 ; André Wogenscky à Grenoble, 1965-1968).
À l'inverse de la tradition de l'architecture théâtrale qui indique distinctement, par une volumétrie extérieure hiérarchisée, l'articulation des espaces fonctionnels, ici les volumes abstraits dessinés par Niemeyer taisent la fonction théâtrale. Le public ne devine pas, dès l'abord, les activités qu'ils abritent. Cet ensemble procède d'une totale remise en question des normes de l'esthétique fonctionnaliste : la forme ne suit pas la fonction mais la suggère, elle enveloppe tous les éléments en un seul volume. Niemeyer a déjà une expérience dans ce programme car il a conçu à Rio de Janeiro un théâtre tout en courbes en 1949 ainsi que le théâtre du siège de la revue Manchete.
Selon le témoignage de Niemeyer, l'architecte et critique italien Bruno Zevi a jugé cet espace « comme l'un des dix meilleurs ouvrages de l'architecture contemporaine » (lors d'un congrès international d'architecture au Caire). Niemeyer lui-même estime que la Maison de la Culture du Havre se situe parmi ses œuvres les plus réussies.

 
   
Volcan 010 : salle polyvalente et Volcan 011 : détérioration du revêtement de la salle polyvalente
©Photographie RSP, DOCOMOMO France, VDH
 

6. PHOTOGRAPHIES ET ARCHIVES VISUELLES
liste des documents assemblés dans le dossier

1. archives visuelles originales:
Volcan 001 : croquis général d'Oscar Niemeyer
Volcan 002 : coupe du grand Volcan
Volcan 003 : plan masse
Volcan 004 : photomontage de la maquette

2. photographies et dessins récents:
photographies numériques (Raphaëlle Saint-Pierre, 2004) :
Volcan 005 : foyer du théâtre
Volcan 006 : porte de passage du matériel dans les coulisses du théâtre
Volcan 007 : porte de passage du matériel dans les coulisses du théâtre
Volcan 008 : détérioration du revêtement du grand Volcan
Volcan 009 : grand Volcan
Volcan 010 : salle polyvalente
Volcan 011 : détérioration du revêtement de la salle polyvalente
Volcan 012 : main-fontaine
Volcan 013 : confrontation entre l'architecture de Niemeyer et celle de Perret
Volcan 014 : sculpture d'après un dessin de Niemeyer

 

      
Volcan 012 : main-fontaine, Volcan 013 : confrontation entre l'architecture de Niemeyer et celle de Perret
et Volcan 014 : sculpture d'après un dessin de Niemeyer. ©Photographie RSP, DOCOMOMO France, VDH

 

Rapporteur : Raphaëlle Saint-Pierre, juin 2004
Direction scientifique: Fabienne Chevallier et Joseph Abram

 

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