Le Havre : Eglise Saint-Joseph
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Fichier international de DoCoMoMo
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1. IDENTITE DU BÂTIMENT OU DE L’ENSEMBLE

nom usuel du bâtiment :
variante du nom:

numéro et nom de la rue :
ville :
pays :
Église paroissiale Saint-Joseph
Ilot V51
Boulevard François Ier
Le Havre                     code : 76600
France
PROPRIETAIRE ACTUEL
nom :
adresse :
téléphone :
fax :

Municipalité du Havre
57, place de l'Hôtel de Ville, 76600 Le Havre
02 35 19 45 45
02 35 19 46 15

ETAT DE LA PROTECTION

type :

Monument historique

date :

ISMH 11 octobre 1965 (numéro d'inventaire 279)

ORGANISME RESPONSABLE DE LA PROTECTION

nom :

adresse :
téléphone :
fax :

DRAC Haute-Normandie
(service régional de l'inventaire général)
29, rue Verte, 76000 Rouen
02 32 08 19 80

 

2. HISTOIRE DU BÂTIMENT

commande :
La nouvelle église devait être à la fois le mémorial des victimes de la guerre et le sanctuaire dédié à Saint-Joseph. Lors d'une réunion de concertation sur l'architecture de ce futur édifice religieux, Jacques Tournant montra au prêtre de la paroisse, l'abbé Marie, les dessins qu'Auguste Perret avait faits avant la guerre pour l'église votive Sainte-Jeanne d'Arc. Ce projet de basilique jamais réalisé, étudié pour la rue de la Chapelle à Paris (18 ème arrondissement), toucha l'abbé Marie par l'élancement majestueux de sa tour-lanterne centrée au-dessus du transept. L'accord du clergé donné et le soutien du ministère de la Reconstruction obtenu, Perret et son équipe mirent en œuvre ce projet monumental. L'avant-projet de 1951 met en place une église dont l'ossature reprend le projet de Sainte-Jeanne d'Arc.
En cours de construction, les dommages de guerre ne suffirent pas, mais Perret, en faisant valoir le double caractère de l'édifice, église et ex-voto, obtint les crédits supplémentaires. À la mort de Perret, en février 1954, l'église fut terminée par Georges Brochard qui tenta de traduire ce que désirait réellement son maître pour la forme du clocher.

architecte :    Auguste Perret

autres architectes et intervenants :
Georges Brochard et Raymond Audigier, architecte havrais. Vitraux de Marguerite Huré.

ingénieurs:

contractants:
Béton armé : Société des Grands travaux en béton armé (Paris) et l'entreprise Thireau-Morel (Le Havre) ; Gros-œuvre, terrassement, fondations, maçonnerie : entreprise André Robert, Société Nouvelle de Construction et de Travaux ; Couverture, plomberie, sanitaire : entreprise Marcel Gaquerel ; vitrerie : entreprise Garel et entreprise Henry ; électricité : entreprise Joly Hugget et Leroy ; chauffage central : entreprise Thoumyre ; menuiserie Thireau-Morel.

CHRONOLOGIE

date du concours:
date de la commande :
période de conception :
durée du chantier :
inauguration :




début :
21 oct. 1951
juin 1957




fin :
oct. 1956

ETAT ACTUEL DU BÂTIMENT

Usage : église

Etat du bâtiment :
Bon état général de la structure et des panneaux de remplissage.
État moyen des corniches et éléments d'altitude soumis aux vents marins.
État moyen des vitraux et claustras.
Église en cours de restauration.

Résumé des restaurations et des autres travaux conduits, avec les dates correspondantes:
- 1997 : Mise en lumière de l'édifice par la Ville aidée de partenaires privés. Concepteur : Louis Clair. Coût de l'opération : 1 300 000 Frs
- Novembre-décembre 2000 : travaux de changement d'installation du système de chauffage.
- 2003-2005, travaux de restauration menés avec des technologies très avancées par l'entreprise Lanfry (Rouen) avec le conseil de l'expert international en restauration de béton armé, Jean-Pierre Aury, et avec les produits de la société Sika :
Reprise sur quasiment toutes les parois des bétons d'origine très abîmés par l'air salin et les tempêtes marines (également à l'intérieur du clocher). Les armatures en acier coulées dans le béton ayant été corrodées ponctuellement, le béton a éclaté par endroits.
Réalisation de l'étanchéité des terrasses.
Mise en conformité du réseau électrique.
Rénovation de certains vitraux (scellements métalliques vieillis)
Architecte des Monuments Historiques M. Mirc.
Coût prévisionnel : 1,662 million €

 

3. DOCUMENTATION / ARCHIVES

archives écrites, correspondance, etc :

dessins, photographies, etc :

- Archives municipales de la ville du Havre :
Dossier documentaire 35/3.
Fonds Contemporain : 1944-1950 reconstruction de l'église Saint-Joseph (A.M. le Havre FC M2 2/11).
Fonds Contemporain, demande de permis de construire  : PC 88/51, sacristie : 89/51.
Fonds Raymond Audigier, nombreux documents concernant l'église (pièces écrites, plans, correspondance, coupures de presse), 220 W 2 à 11 :
220 W 2 : fondations ; dommages de guerre ; vitraux ; plans ; fondations exceptionnelles ; revue de presse et photographies de l'architecte ; prises d'infrastructure.
220 W 3 : devis ; appel d'offres ; dossier technique (calcul du béton armé par plusieurs entreprises) ; projet technique 1951.
220 W 4 : prix ; rapports de chantier 1951-1956 ; exécution des marchés 1951-1957 ; litige avec les entreprises 1955 ; note sur la structure SGTBA 1953.
220 W 5 : correspondances (Auguste Perret 1951-1956 ; Pierre Dalloz 1956 ; Poirrier 1954 ; P. Tournon 1956 ; H. Vidal 1953 ; Mayer 1954-1955 ; P. Lebourgeois 1957 ; Abbé Marie 1951-1957 ; Michel Dubosc 1957 ; Pierre Courant ; Bureau Veritas 1951-1957 ; banques et assurances).
220 W 6 : correspondance avec la coopérative de reconstruction des églises, 1949-1957.
220 W 7 : correspondance avec le maire et l'architecte de la ville 1949-1957 ; MRL/MRU 1951-1957 ; entreprises 1950-1957).
220 W 8 : SGTBA 1951-1957 ; Thireau-Morel 1951-1957 ; Marguerite Huré 1951-1956 ; Ponts et Chaussées 1954-1957 ; SOGETI (chauffage) 1954-1955.
220 W 9 à 11 : série de plans des architectes et des entreprises.
Fonds Jacques Tournant : photographies et coupures de presse, 80 W carton 35 ch. 2 et carton 15.
340 W 47 : « visite du chantier du 4 novembre 1955 au Havre », Institut technique du bâtiment et des travaux publics.
Dossiers des services techniques : affiches, correspondance, plans.

- Archives de l'IFA (Institut français d'architecture) :
Fonds Perret : élévation 25 juin 1951 535 AP 86/4 n°CNAM 51.4.64 ; élévation du 24 septembre 1951 535 AP95 ; élévation du 2 juin 1954 535 AP 86/4 n°CNAM 51.4.68 ; perspective 535 AP 86/4 n°CNAM 51.4.66 ; coupe longitudinale 26 avril 1952 535 AP 95 ; plan du 5 janvier 1951 535 AP 86/4 n°CNAM 51.4.62 ; vue d'un pilier intérieur, l'église en construction et vue intérieure de la tour 535 AP 661/2.

- Centre de Documentation de l'Architecture et du Patrimoine (CDAP), DRAC de Haute-Normandie (Rouen) ou base Mérimée sur le site www.culture.gouv.fr : fiches signalétiques des dossiers étudiés par l'Inventaire.
Numéros Mérimée IA00130242 ; IM76002681 (vitraux) ; IM76004345 (confessionnal) ; IM76004346 (tabernacle mural par Marcel Adam) ; IM76004347 (fauteuils) ; IM76004348 (bancs).

autres sources, films, video, etc :

principales publications (par ordre chronologique) :
Champigneulle (Bernard), Perret, Paris, Arts et métiers graphiques, 1959.
Collins (Peter), Concrete : the vision of a New Architecture. A study of Auguste Perret and his precursors , New York, Horizon Press, 1959 (en français: Splendeur du béton, les prédécesseurs et l'œuvre de Auguste Perret, Paris, Hazan, 1995).
Giard (Roger), Catalogue des médailles des villes du Havre, de Dieppe et de leur arrondissement, Le Havre, 1979.
Robin (Suzanne), Églises modernes, évolution des édifices religieux en France depuis 1955, 1980.
Monuments, monuments… Le Havre et sa reconstruction , catalogue d'exposition, Le Havre, Musée des Beaux-Arts André Malraux, 15 février-12 mars 1984, Le Havre, 1984.
Abram (Joseph), Perret et l'école du classicisme structurel, 1910-1960, École d'Architecture de Nancy, Service de la Recherche Architecturale, 1985.
Abram (Joseph), L'équipe Perret au Havre. Utopie et compromis d'une reconstruction, École d'Architecture de Nancy, Paris, Bureau de la recherche architecturale, 1989.
Abram (Joseph), Auguste et Gustave Perret, une monographie, 1 ère partie : architecture, entreprise et expérimentation, École d'architecture de Nancy, Paris, Bureau de la recherche architecturale, 1989.
Midant (Jean-Pierre), Royan, Le Havre, Toulon, les grandes ordonnances dans l'architecture française des années 1950, Paris, IFA, 1992.
Decultot (Gilbert), Le Havre, ses églises, Le Havre, Compo Photo Le Havre, 1992.
Blondel (Nicole), Vitrail, vocabulaire typologique et technique, inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, éditions du Patrimoine et de l'imprimerie nationale, 1992.
Gargiani (Roberto), Auguste Perret, Paris, Gallimard/Electa, 1994.
Chevalier (Michel), La France des cathédrales du IVe au XXe siècle, Rennes, éditions Ouest-France, 1997.
Abram (Joseph), L'architecture moderne en France, tome 2 Du chaos à la croissance, 1940-1966, Paris, Picard, 1999.
Etienne-Steiner (Claire), Le Havre, Auguste Perret et la reconstruction, collection Images du Patrimoine, Inventaire général/AGAP, Rouen, 1999.
Toulier (Bernard) sous la direction de, Mille monuments du XXe siècle en France, Paris, éditions du Patrimoine, date ?
Culot (Maurice), Peycéré (David), Ragot (Gilles), Les frères Perret. L'œuvre complète, Paris, Institut français d'architecture/Norma, 2000.
Abram (Joseph), Cohen (Jean-Louis), Lambert (Guy), L'Encyclopédie Perret, Paris, Monum, Éditions du Patrimoine/Le Moniteur, 2002.
Lebas (Antoine), Des sanctuaires hors des murs, églises de la proche banlieue parisienne 1801-1965, Paris, éditions du Patrimoine, 2002.
Collectif (Joseph Abram, Sylvie Barot, Elizabeth Chauvin), Les Bâtisseurs, l'album de la reconstruction du Havre, Le Havre, édition Point de vues, musée Malraux, 2002.

articles
Rambosson (Yvanhoë), « La nouvelle église du Raincy », Art et Décoration, janvier 1924, p. 1-7.
Varenne (Gaston), « Quelques aspects nouveaux de l'art du vitrail », Art et Décoration, juin 1926, p. 170-182.
« Projet de Basilique Saint-Jeanne d'Arc », La Revue d'art, janvier 1927.
Clouzot (Henri), « Vitraux modernes », L'Illustration, 5 décembre 1936.
Lasseaux (Marcel), « Images de verre : le vitrail », Images de France, la revue des métiers d'art, décembre 1943, p. 2-4.
Esdras-Gosse (B.), « Église pilote pour la reconstruction de tous les édifices religieux sinistrés de France. L'église Saint-Joseph du Havre », Paris Normandie, 23 février 1951.
Le Havre , 31 mars-1 er avril 1951.
« Première pierre de l'église Saint-Joseph », Le Havre, 21 octobre 1951.
L'Architecture Française n°121-122, Architecture Religieuse, 1952.
Dalloz (Pierre), « Un hommage à Auguste Perret », L'Architecture d'Aujourd'hui n°46, février-mars 1953, p. 10-11.
« Bientôt le clocher de l'église Saint-Joseph va s'élancer vers le ciel », Le Havre Libre, 23 janvier 1954, p. 4.
« Le Havre, église Saint-Joseph », Techniques et Architecture n°3, septembre 1956, p. 68.
« Le gros œuvre de l'église Saint-Joseph est terminé », Le Havre Libre, 31 octobre 1956, p. 2.
« L'église Saint-Joseph achevée extérieurement », Paris-Normandie, 19 décembre 1956, p. 3.
Pichard (Joseph), « L'architecture religieuse contemporaine », La Construction moderne n°12, décembre 1956, p. 418-434.
« La couleur à Saint-Joseph du Havre », L'Avenir du quartier Saint-Joseph. Vie paroissiale de Saint-Joseph, février 1957, p. 1-2.
L'Architecture d'Aujourd'hui avril 1957, Architecture Religieuse.
«La nouvelle église Saint-Joseph », La Construction moderne n°2, février 1958, p. 52-59.
« Tower of church in reconstructed Le Havre”, Architectural Review, avril 1958, p. 245.
Laborie (Jean), « L'église Saint-Joseph au Havre », La Technique des Travaux n°7-8, juillet-août 1959, p. 195-201.
Dalloz (Pierre), Dossier Le Havre, Techniques et Architecture, novembre 1960, p. 70-77.
L'Architecture d'Aujourd'hui juillet 1961, Architecture Religieuse.
Pichard (Joseph), « Églises d'aujourd'hui », Jardin des arts n°85, décembre 1961, p. 24-33.
« Perret's Last church », Progressive Architecture n°11, 1963, p. 144-147.
L'Architecture d'Aujourd'hui n°108, juin-juillet 1963, Architectures sacrées recherches structurales.
« Portrait de Perret par Tournant », L'Architecture d'Aujourd'hui n°113-114, avril-mai 1964, Un siècle d'architecture, p. 11-15.
Remondet (A.), « Rencontres : Perret au Havre », La Construction moderne n°44, décembre 1985, p. 30-31.
« L'église Saint-Joseph ‘phare' de la résurrection du Havre », Le Havre Presse, 28 février 1992, p. 2.
« Prix de la mise en lumière du patrimoine moderne pour l'église Saint-Joseph », Lux n°204, septembre 1999.
Abram (Joseph), « Les frères Perret, le béton en pleine lumière », Notre Histoire n°190, été 2001, p. 28-31.
Abram (Joseph), « Un patrimoine architectural et urbain exceptionnel : les grandes opérations de la reconstruction du Havre », Faces, Genève, n°42-43, automne-hiver 1997-1998, p. 10-15.

 

4. DESCRIPTION DU BÂTIMENT

La base de l'édifice, en forme de croix grecque, s'intègre par sa hauteur et sa modénature au nouvel l'environnement urbain de l'équipe Perret. Les volumes de l'église se composent de deux terrasses à 17 et 24 mètres du sol, d'une structure pyramidale qui s'élève jusqu'à 35 mètres, elle-même dominée par le cylindre du clocher qui culmine à 110 mètres. De plan centré, l'église se présente telle une « tour-lanterne » faisant corps avec la nef. Son plan carré de 40,60 mètres de côté est complété par deux parties saillantes de moindre largeur à l'est (la chapelle d'hiver et la sacristie) et à l'ouest (l'entrée principale et la tribune).
Dans le vocabulaire architectural de Perret, l'ordre principal est ici formé de quatre groupes de quatre piliers supportant le clocher dont la section en plan passe du carré à l'octogone pour se terminer par un couronnement de cubes géométriques. La partie basse de l'église (la nef, les bas côtés et l'abside), couronnée d'une corniche, compose l'ordre secondaire. Des colonnes cannelées de 15 mètres de haut (0,60 mètre de diamètre) soutenant la couverture (composée d'un quadrillage de poutres avec plancher préfabriqué) et des poteaux constituent l'ossature principale des façades. L'église Saint-Joseph est essentiellement formée par quatre groupes de puissants piliers portant la tour orthogonale par l'intermédiaire de quatre pendentifs. À chaque angle du carré de la nef, sont situés quatre groupes de quatre piliers carrés de 1,30 mètre de côté et de 25 mètres de haut, éloignés les uns des autres de 5 mètres d'axe en axe. Chaque groupe est distant l'un de l'autre de 17 mètres d'axe en axe des piliers les plus rapprochés. Ces piliers sont entretoisés à leur sommet par des croix de Saint-André. Sur la partie supérieure des piliers, des poutres reçoivent en leur centre les pointes des bracons en forme de « V » (nervures) dont les autres extrémités supportent la tour. Le passage du plan carré de 22 mètres de côté au plan octogonal s'effectue par l'intermédiaire d'une pyramide de transition tronquée. Au sommet de celle-ci, une poutre ceinture sert d'assise au tronc de la tour. Au-dessus de cette plate-forme, le beffroi est constitué par l'assemblage de poteaux prolongeant le fuseau octogonal avec ressauts successifs, affinant progressivement sa silhouette jusqu'à la lanterne centrale dominée par la croix terminale. A partir de ce niveau, le clocher est vide sur 13,50 mètres de diamètre et 40 mètres de haut. Un escalier hélicoïdal, qui monte sur une des arêtes intérieures du clocher, conduit à la chambre des cloches.
La double paroi extérieure de l'église est composée de nervures poteaux avec remplissage alterné de parties pleines et de parties avec claustras. Tout le béton reste brut de décoffrage, à l'extérieur comme à l'intérieur. Le sol est simplement revêtu de ciment. Les panneaux de béton de gravillon bouchardé à nuance rose sont encadrés de poteaux et de corniches et ajourés par des claustras.
L'entrée, précédée d'un narthex, est légèrement en contrebas par rapport au sol extérieur et domine de quelques marches l'ensemble de l'église dont le sol est en légère pente. Dès le seuil franchi, le regard s'élève librement jusqu'en haut. Perret voulait qu'elle soit baignée d'une lumière dorée qui s'éclaircisse vers le haut. Pour accentuer le parti central adopté, il y a une progression de la lumière de la partie basse vers son sommet, la tour étant entièrement ajourée. Le nombre de vitraux augmente proportionnellement avec la hauteur : la partie basse ne comporte qu'un panneau lumineux sur deux alors que le haut est une immense verrière. La forme réticulée du clocher permet un éclairage exceptionnel de l'intérieur tubulaire. Les claustras préfabriqués, sans armature, sont garnis sur la face extérieure d'un verre blanc et sur la face intérieure d'un verre coloré. Les vitraux groupés à la verticale dessinent des verrières : 12 768 pièces de verre de couleur ont été nécessaires pour couvrir une surface totale de 378 m².

 

5. RAISONS JUSTIFIANT LA SELECTION EN TANT QUE BÂTIMENT DE VALEUR REMARQUABLE ET UNIVERSELLE

1. appréciation technique :
L'idée de Perret était d'utiliser à l'extrême la résistance du béton pour dégager d'immenses espaces sans piliers intermédiaires. La masse de l'édifice a une surface de base de 2000 m² et un volume intérieur de 50 000 m3. Pour sa construction, 4 200 000 m3 de béton (c'est-à-dire 50 000 tonnes) ont été nécessaires. Après une prospection des couches profondes du terrain et divers essais, un calcul a défini le système des fondations. Le bloc de base est fondé sur soixante et onze « pieux Franki » de 15 mètres de long. Les seize piliers ont été fondés sur autant de puits tubés en béton armé « Bénoto » de 1,45 mètre de diamètre descendant jusqu'à 15 mètres sous le sol. Une semelle de 6,50 m² de 2 mètres de haut réunit chaque groupe de quatre puits au niveau du sol. Une charge considérable est supportée uniquement par ces seize points. Le clocher exerce un poids de 1 100 tonnes à chaque angle. En raison des efforts intenses et variés auxquels est soumise la liaison clocher-cadre, tous les éléments tirants ont été précontraints par le système Freyssinet (licence STUP). A la base de la pyramide et sur les quatre côtés du carré des tirants en béton précontraint ont été intégrés. L'ensemble de la structure est comprimé à un taux variable en fonction du temps mais jamais nul. Perret et son équipe sont parvenus à créer un édifice très haut, d'apparence légère et délicate, mais capable de supporter les tempêtes. Un planning extrêmement complexe a été mis en place pour minuter le déroulement des travaux.

2. appréciation sociale :
Cet édifice remplit plusieurs rôles en tant qu'église paroissiale votive élevée à la mémoire des victimes des bombardements. Pour les navigateurs et les passagers des paquebots, l'église Saint-Joseph est le symbole de la vie renaissante : c'est le dernier monument que l'on voit quand on quitte les côtes de France et le premier que l'on aperçoit lorsqu'on y revient. Elle est comme le phare spirituel de la ville aussi bien pour les bateaux que pour les Havrais . Elle joue un rôle essentiel dans le repérage urbain. Son élan vertical symbolise l'élévation de la prière : transcendance esthétique et spirituelle. L'architecture de Perret est parvenue à créer un accord entre la vérité des structures et le sentiment religieux. La symbolique des couleurs de ses vitraux est très forte, le caractère « psychologique » de ces choix étant représentatif de l'esprit des années 1950.

3. appréciation artistique et esthétique:
Fidèle au goût de l'époque ainsi qu'à la volonté de l'architecte et de l'abbé Marie, aucune peinture n'orne ce bâtiment à l'aspect intentionnellement rude. Le dessein de Perret était de renier l'art « décoratif » pour atteindre un art de construire alliant simplicité et noblesse. Les vitraux de Saint-Joseph participent totalement à l'architecture. Ils ont été conçus, dans l'esprit désiré par Perret, par Marguerite Huré avec qui il avait déjà collaboré pour l'église du Raincy. Le verre utilisé est dit « antique » : il est irrégulier d'épaisseur (de 2 à 5 mm), très nuancé, et soufflé à la bouche comme au Moyen Age, à Saint-Just-sur-Loire. Les vitraux sont agencés de manière strictement géométrique grâce à une sélection de sept couleurs principales (orange, jaune, vert, violet, rouge, verdâtre, blanc) qui se déclinent en différentes nuances pour en former cinquante au total. Toutes les bases de la tour accueillent les valeurs les plus fortes de l'harmonisation : les verres de tons foncés créent ainsi l'impression que la lumière vient d'en haut. De même, les tons rouges et bois mort se retrouvent sur le côté nord de la tour, les tons verts et violets à l'est, les tons dorés au sud et les tons roses et orangés à l'ouest.

4. arguments sur le statut canonique (local, national, international) :
Cette église a été, fait exceptionnel, inscrite aux Monuments historiques à peine dix ans après son achèvement. Chef d'œuvre de la Reconstruction, sa notoriété dépasse la région pour représenter les réussites architecturales de cette période tant décriée. Elle est à la fois un lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le dernier manifeste d'Auguste Perret et la plus grande performance technique d'église.

5. évaluation du bâtiment en tant qu’édifice de référence dans l’histoire de l’architecture, en relation avec des édifices comparables:
Certains historiens considèrent l'architecture de Perret à Saint-Joseph comme l'équivalent XXème siècle de l'art gothique. Le campanile de l'église, plus modeste mais pionnière, que Perret élève au Raincy en 1924 est une préfiguration de la tour-lanterne du Havre.
Après la Première Guerre mondiale, des intellectuels et des artistes ont proposé de conserver telles quelles les ruines des cathédrales détruites comme témoignage. Ce fut par exemple le cas pour la cathédrale de Reims. Après la Seconde Guerre mondiale, Le Corbusier fit une proposition du même type pour la cathédrale de Saint-Dié, à proximité des ruines de laquelle il aurait construit une nouvelle cathédrale de béton. Cette solution fut écartée en France mais adoptée par les Anglais pour la cathédrale Saint-Michel de Coventry (Sir Basil Spence, architecte, Ove Arup et associés, ingénieurs, 1951-1962) dont la reconstruction tente de renouer avec la splendeur du Moyen Age flamboyant sur les ruines d'une cathédrale martyre.
Cette période a connu un nombre considérable de constructions religieuses : entre 1945 et 1963, 635 lieux de cultes ont été ouverts en France puis 700 dans les dix années suivantes. Les architectes du monde entier mêlent fonctionnalisme et recherches d'expression en portant attention à la pureté des lignes, à l'agencement des divers volumes, aux proportions générales de l'édifice et à la distribution de la lumière. En France, la grande transformation se situe autour de 1950, au moment où apparaissent les sanctuaires « révolutionnaires » d'Assy (Notre-Dame de toute grâce, architecte Maurice Novarina, mosaïques de Fernand Léger) ou Vence (Matisse), essentiellement sous l'impulsion du père Couturier, dominicain, ancien collaborateur de Maurice Denis et des Ateliers d'art sacré. C'est lui qui, immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, fit appel à de grands peintres abstraits (Bazaine, Le Moal, Manessier) ou figuratifs (Chagall, Gromaire, Matisse, Rouault) pour renouveler l'art du vitrail. À partir de 1955, les édifices religieux sont de plus en plus nombreux à intégrer l'art abstrait. En général cette abstraction est plutôt lyrique que géométrique.
Perret s'est nourri de toute la richesse religieuse française, notamment celle du pourtour de Paris depuis les années 1930. Avec Saint-Joseph, il apporte une conclusion magistrale à trente années de recherches sur le thème de l'architecture religieuse.

 

6. PHOTOGRAPHIES ET ARCHIVES VISUELLES
liste des documents assemblés dans le dossier

1. archives visuelles originales:
St Joseph 001 : coupe de la partie supérieure du clocher
St Joseph 002 : plan
St Joseph 003 : dessins du passage du plan carré au plan octogonal

2. photographies et dessins récents:
photographies numériques (Raphaëlle Saint-Pierre, 2004) :
St Joseph 004 : détail des façades rénovées
St Joseph 005 : détail des façades rénovées

 
Rapporteur : Raphaëlle Saint-Pierre, juin 2004
Direction scientifique : Fabienne Chevallier et Joseph Abram
 

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