Le siège du Parti Communiste Français à Paris.
La séduction esthétique de la ligne courbe

 Riccardo Forte

“Ce n’est pas l’angle droit qui m’attire, ni la ligne droite, dure, inflexibile, inventée par l’homme. Seule m’attire la courbe libre et sensuelle, la courbe que je rencontre dans les montagnes de mon Pays, dans le cours sinueux de ses rivières, dans les nuages du ciel, dans le corps de la femme préférée. De courbes est fait l’univers, l’univers courbe d’Einstein”.

Oscar Niemeyer 

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Illustration 1



La construction du siège central du Parti Communiste Français à Paris, bâtiment-drapeau de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer - dont l’inauguration en 1971 marqua, de par les implications politiques et culturelles connexes, un événement historique de portée internationale - constitue indiscutablement, pour son engagement programmatique et sa tension morale, un épisode exceptionnel dans le panorama du Mouvement Moderne européen de l’après-guerre. Ce bâtiment épique est l’aboutissement d’un projet révolutionnaire qui réunit, dans une synthèse unique, le talent créatif de son auteur, la maîtrise de construction des techniciens et des ouvriers ainsi que la passion et l’engagement civil de dizaines de milliers de militants. L’originalité et l’envergure innovatrice du projet de Niemeyer, une démarche visionnaire forgée idéalement dans la sinuosité lyrique des formes curvilignes et dans la sobriété des matériaux qui exhibent l’élégance de la rencontre du verre et du béton, loin de représenter un défi architectural aux possibilités que la technologie moderne de construction offre, consistent essentiellement dans la tension idéaliste sous-tendue à l’accomplissement d’un dessein éthique : la “maison des travailleurs”, épitomé «de la société socialiste qui s’impose avec la force d’une nécessité historique», devient le symbole et la métaphore «de la lutte commune contre la misère, la discrimination, l’injustice»(1), dans la perspective de l’édification héroïque d’un nouveau modèle de société civile inspiré des principes du progrès, de l’égalité, de la solidarité et de la justice sociale.

La cession partielle et la prévision d’une réhabilitation fonctionnelle progressive de cet immeuble reportent au centre du débat disciplinaire la question plus générale de la conservation de l’architecture contemporaine, et rappellent la nécessité de définir de nouvelles approches interprétatives sur l’héritage culturel et sur le legs patrimonial de ces architectures totémiques, enclaves de l’utopie que la crise du Moderne et l’écroulement des idéologies ont inéluctablement désacralisées.

 

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Illustrations 2, 3a et 3b


Un manifeste à l’idéal humanitaire

En 1965, à la suite d’un coup d’état militaire qui avait renversé, au mois d’avril de l’année précédente, le gouvernement démocratique du président João Goulart, Niemeyer est obligé, à cause de sa foi communiste(2), de quitter son Pays en direction de l’Europe. Dans l’Ancien Continent, l’architecte brésilien trouve des opportunités professionnelles nouvelles et stimulantes, qui se prolongent dans les années qui suivent, bien au-delà de sa condition d’exilé, en France, en Algérie, au Moyen-Orient et en Italie. Ces années “héroïques” ont été caractérisées, comme cela a été rappelé, par des «tumultes d’idées et de projets, destinés parfois à rester sur le papier ou sur la miniature tridimensionnelle d’une maquette, mais plus souvent destinés à se concrétiser en des véritables chefs-d’œuvres (…) un élan d’effusions lyriques sur le thème inépuisable de la “grâce”»(3). Et c’est justement en France, sa patrie “d’adoption”, que Niemeyer trouve, à partir de la deuxième moitié des années Soixante, le terrain d’expérimentation qui correspond le plus à son langage compositif, dans une sorte de “chantier permanent des idées” qui le voit engagé, successivement, à Paris, Bobigny, sur la Côte d’Azur, à Grasse et au Havre.

Conçu en même temps que le plan d’urbanisme de Grasse (ce projet, appelé ZUP - zone à urbaniser en priorité - rédigé en 1967 et jamais réalisé, est un programme ambitieux de zonage urbain comprenant un ensemble résidentiel de 2000 habitations, une école primaire, une école secondaire, une crèche, une maison de retraite, un hôtel, un marché, des magasins, une église, un cercle, un stade, un cinéma et une gare de chemin de fer reliant le centre urbain aux lieux de travail) (4), le projet pour la construction du nouveau siège du Comité Central du Parti Communiste Français à Paris démarre officieusement en juin 1965, lors du deuxième séjour de Niemeyer en France. À cette occasion, la commission exécutive du P.C.F., dont les bureaux étaient installés à cette époque sur plusieurs aires décentralisées du tissu urbain parisien, décide de lui confier la mise au point d’un avant-projet de la nouvelle structure qui devait concentrer, dans un seul ensemble, toutes les fonctions et les activités du Parti.

L’année suivante, au moment de son troisième voyage en Europe, l’architecte a plusieurs rencontres de travail à Paris avec Georges Gosnat, un député communiste ainsi qu’un représentant à un haut niveau du Comité Central, qui avait été chargé de perfectionner les négociations. Pendant son séjour dans la capitale française, Niemeyer entre en contact avec l’architecte Jean Deroche - à cette époque un jeune collaborateur de La Nouvelle critique - et avec le milieu intellectuel qui gravite autour de la revue d’avant-garde. La rencontre avec Deroche, qui devient le premier collaborateur de Niemeyer dans la préparation des différentes phases du projet de cette œuvre et dans la direction des travaux, est le prodrome d’un rapport professionnel durable qui deviendra, au cours des années, une amitié sincère.

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Illustrations 4 et 5



Les études préliminaires pour le nouveau siège du P.C.F. voient le jour officiellement en 1967, lorsque Niemeyer, qui avait accepté avec un enthousiasme militant la nouvelle tâche qui lui avait été confiée(5), doit affronter les problématiques intrinsèques à la morphologie du site. Le choix du terrain destiné à la construction du nouvel ensemble architectural, situé dans le 19° arrondissement, à l’intérieur d’un quartier semi-périphérique densément peuplé, au nord-est de la ville, compris entre le parc des Buttes Chaumont et le canal Saint-Martin, entre Belleville et Barbès, n’est certes pas un hasard, et prend, dans les intentions du Parti, une valeur symbolique et idéologique très nette. La place sur laquelle est édifié le bâtiment, intitulée au Colonel Fabien, un personnage mythique de la Résistance française contre les forces nazies d’occupation, est le cœur d’un quartier de fortes connotations populaires, le théâtre de luttes ouvrières et de revendications syndicales.

Les dimensions du lotissement - ayant déjà une ampleur limitée, qui sera été réduite ultérieurement à cause des interférences avec le plan d’expansion du tout proche boulevard de la Villette(6) - font pencher d’abord le choix des architectes pour une solution verticale, comportant la construction d’une tour de vingt-cinq étages. Néanmoins, d’après les suggestions de Niemeyer lui-même, le Comité Central du P.C.F. décide d’adopter la typologie en barre, avec la réalisation d’un seul corps de bâtiment à huit étages (dont cinq réservés aux bureaux) et trois étages supplémentaires au sous-sol, dont deux affectés au parking(7) (fig. 2), alors que la projection ondulée de la construction est conçue pour une meilleure utilisation du terrain (fig. 3a). La solution choisie aboutit donc à un édifice (figg. 6-9), dont les formes sinueuses - qui rappellent le volume gigantesque de l’immeuble Copan construit par l’architecte brésilien à São Paulo en 1951-1957, évoquent “un drapeau déployé au vent de l’histoire”(8) - «découlent de la nécessite de préserver», entre la structure architecturale et le préexistant corps de bâtiment situé derrière, «les espaces nécessaires aux accès verticaux, situés à l’extérieur, afin de maintenir [la composition générale] plus libre et souple»(9).

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Illustrations 6 et 7

La charpente du bâtiment, un “pont structurel” surélevé de 1.5 m par rapport au niveau du sol, repose au point de vue statique seulement sur cinq points portants. Le raccordement avec le terrain en pente légère est assuré par un système de plans inclinés en remplacement des pilotis, ce qui permet la création d’un grand hall semi-enterré (fig. 10) et le développement dynamique, suivant le principe lecorbusierien du plan libre, des espaces intérieurs scandés par des cloisons curvilignes qui introduisent respectivement, à travers des couloirs tortueux en pente légère, au salon des expositions, à la librairie et à la salle plenière au rez-de-chaussée (fig. 3b), ainsi qu’aux salles de réunion situées au sous-sol, suivant une logique de composition qui n’est jamais fortuite, mais qui est dictée exclusivement par des raisons fonctionnelles, d’agencement et de perception des vues perspectives. La grande salle-auditorium (figg. 12 e 13), affectée aux réunions du Comité Central, est sans doute l’un des éléments les plus remarquables et spectaculaires du projet de Niemeyer : la coupole blanche qui surgit du jardin, objet-pivot de la composition et reproposition didactique, à petite échelle, de la salle du Parlement à Brasilia, reliée au bâtiment situé derrière à travers le sous-sol, est constituée à l’intérieur par un tronc de cône (fig. 11) terminé par une calotte sphérique sans ouvertures extérieures, à l’exception d’une ceinture vitrée, insérée au niveau de l’esplanade extérieure, qui laisse entrer la lumière du jour. Sur le plan structurel, la coupole, ayant un diamètre de 28 m et une hauteur maximale intérieure de 10 m, construite en béton armé, suit un procédé de construction simple, de type quasiment artisanal, le béton de ciment étant coulé par anneaux de 2,5 m sur des coffrages inclinés. L’épaisseur de la structure, mesurant 25 cm à la base tronconique, se réduit progressivement à 16 cm au niveau de la calotte(10).

À l’intérieur de la salle, qui suit une pente légère jusqu’à l’estrade surmontée par une simple marquise en saillie, l’intrados de la coupole est revêtu entièrement, suivant un motif compositif très original, d’un système de lamelles en aluminium suspendues perpendiculairement, vissées à un châssis métallique situé derrière : ce dispositif permet la diffusion uniforme de l’éclairage artificiel et une réfraction acoustique optimale(11).

Le chantier des travaux, dont les charges financières sont soutenues en grande partie par les contributions des militants, est planifié en deux phases de construction : la première, entamée en 1967 sous la supervision de Niemeyer et avec le concours d’une équipe d’architectes composée de Jean Deroche, Paul Chemetov, Luiz Pinho, et de l’ingénieur Jean Prouvé - l’auteur de l’invention époustouflante du mur rideau de l’édifice abritant les bureaux et du dessin des châssis des menuiseries basculantes en aluminium (fig. 14)(12) - se termine en 1971 avec l’inauguration de l’immeuble. La deuxième phase, qui comprend les travaux d’achèvement du hall et la construction de l’auditorium et de la coupole (fig. 5), est achevée dix années plus tard avec quelques modifications marginales par rapport aux lignes directrices premières du projet(13).


Dès les phases préliminaires du projet, l’édifice conçu par Niemeyer révèle, dans les esquisses et dans les dessins préparatoires, une modernité de conception étonnante et prodigieuse, qui implique, dans une vision éthique et esthétique totalisante, tous les aspects du bâti - typologique, d’agencement et structurel - ce qui renverse les canons traditionnels de l’architecture. Loin de constituer un simple objet isolé dans l’environnement, le nouveau siège du P.C.F. est, tout d’abord, un manifeste idéologique et un projet politique, le symbole et la métaphore d’un modèle de société sans classes et d’un ordre de valeurs révolutionnaires inspiré des idéaux progressistes et humanitaires, dont le Parti ambitionne d’être le dépositaire. Le choix “hérétique”, opéré par l’architecte, d’écarter délibérément toute hypothèse de hiérarchisation des espaces - le dernier étage abrite le restaurant-cafétéria, alors que le rez-de-chaussée, qui est libéré de tous les volumes fonctionnels conformément à la doctrine de Le Corbusier, est relié au sous-sol (ce dernier, affecté à hall d’entrée, est conçu comme le “foyer de la classe ouvrière”)(14) - répond à ce but précis. Une intention de rupture, qui se manifeste également dans les dimensions proportionnées de l’espace et dans l’emplacement “brutaliste” de cet ensemble architectural à l’intérieur d’un contexte urbain intensivement bâti. Comme Gilbert Luigi l’a, à juste titre observé, la morphologie curviligne de cet édifice rompt la rigoureuse géométrie orthogonale du volume bâti et la succession répétitive des lots contigus. La décision de reculer le bloc principal - une “onde” gigantesque vers laquelle convergent les vues perspectives - par rapport à l’espace libre de l’esplanade, et de l’incurver afin de créer une sorte d’amphithéâtre, animé en son centre par la coupole hémicylindrique de l’auditorium, dévoile une conception de projet monumentale et scénographique, le symbole d’une modernité empreinte d’un dynamisme qui refuse tout compromis avec l’immeuble haussmannien(15). La composition architecturale qui en résulte s’expose comme un événement sculptural d’un lyrisme extraordinaire, basé sur la juxtaposition des objets de surface et sur le contraste chromatique des matériaux (comme c’est le cas des lisses verrières du mur rideau de l’édifice principal qui contrastent avec la surface opaque du ciment blanc de la coupole).

Pour Niemeyer, la construction du siège du P.C.F. à Paris - une œuvre “hérétique” parce que radicalement différente de tout autre projet réalisé jusqu’à ce moment-là - découle d’un acte créatif dominé par le “pouvoir de l’intuition” : l’adoption de la façade aux lignes courbes, l’entrée à demi enfouie dans le sol conçue comme une sorte d’accès à la crypte d’une basilique (figg. 1 e 9) - le sancta sanctorum d’un temple laïque consacré aux droits civils et à la démocratie - sont une partie intégrante d’un projet symbolique fortement évocateur, dans un jeu de renvois caractérisé par le dévoilement progressif «[du] grand hall avec ses espaces et ses formes inattendues, son sol qui descend jusqu’à la coupole qui y prend naissance et s’en éloigne pour participer à l’extérieur du spectacle architectural»(16).

 
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 Illustrations 11, 12 et 13
  

Le legs patrimonial du Moderne et la désacralisation des utopies


Lorsque le Comité Central charge Oscar Niemeyer de construire le nouveau siège national, le Parti Communiste français, l’une des principales forces politiques dans le Pays(17), vit une phase historique marquée par un fort consensus social et par un enracinement diffus dans le territoire, ce qui porte ce mouvement politique au gouvernement dans de nombreuses administrations locales. Cette phase, qui atteint son apogée lors des élections présidentielles en 1969 - le canditat sénateur Jacques Duclos obtient, avec 21,5% des suffrages, le score le plus élevé remporté par le Parti dans son histoire - dure au moins jusqu’au début des années 1980, lorsque, sous la direction de Georges Marchais, nommé en 1972 Secrétaire Général, commence la phase du déclin. La chute du Mur de Berlin en 1989, la disparition progressive des grandes concentrations ouvrières dont le Parti détenait le contrôle presque absolu et l’action réformiste menée avec succès par le Parti Socialiste sous la direction de François Mitterand (1971-1995), entraînent des retentissements profonds à l’intérieur du parti ; le succès que le P.C.F. avait obtenu au cours des dernières quinze années se réduit à chaque élection, jusqu’à atteindre des pourcentages oscillant entre 4 et 8%.

Les résultats catastrophiques enregistrés par le P.C.F. à l’occasion des dernières élections présidentielles en 2007 (1,93% des suffrages, le pire résultat historique au niveau national)(18), et l’hémorragie d’inscrits qui suivit, provoquent une grave crise financière. Le risque imminent d’une banqueroute impose la mise en œuvre de mesures urgentes, qui aboutissent à la vente, en décembre 2007, quelques jours avant le centenaire d’Oscar Niemeyer, du siège du quotiden L’Humanité (l’organe officiel du parti jusqu’à 1994), criblé des dettes, que l’architecte brésilien avait construit en 1989 à Saint-Denis, dans le quartier périphérique situé au nord de la capitale. L’immeuble est vendu pour 15 millions d’euros à la SARL Immobilière Paris Saint-Denis(19). En même temps, la direction du Parti entame les négociations pour céder en location deux des six étages du prestigieux siège central place du Colonel Fabien. Au mois d’août 2008, le deuxième étage de l’immeuble - 900 m2 de surface utile - est ainsi loué à Autochenille, une société de production spécialisée dans la bande dessinée et les longs métrages d’animation, le Parti préférant sa candidature à celles d’un grand cabinet d’architectes et de publicitaires parisiens, également intéressés. L’installation d’un nouveau locataire rend nécessaires des interventions de réaménagement fonctionnel des espaces intérieurs : les archives historiques du Parti, qui occupaient les locaux au premier étage, sont transférées aux Archives Nationales et aux bureaux de la Préfecture de Seine-Saint-Denis, alors que la documentation, les services de communication et de la presse sont déplacés au sixième étage du bâtiment, à l’intérieur des locaux occupés à l’origine par le restaurant et la cafétéria(20).

L’abandon progressif du siège central du P.C.F.(21), un événement qui a alimenté beaucoup d’appréhension parmi les militants les plus radicaux (ces derniers voient dans la cession partielle de l’immeuble, bien qu’en location, l’amputation d’une partie considérable de leur patrimoine), engendre de nouveaux scénarios sur la réhabilitation fonctionnelle et sur l’affectation future de cette pierre angulaire de la modernité, qui, sur le plan des procédures legislatives de protection, a été inscrite, le 26 mars 2007, au classement des Monuments Historiques. L’immeuble conçu par Niemeyer a maintenu, dès sa construction, ses fonctions originaires, ce qui a permis, au cours de ces quarante années dernières, la préservation, sans aucune altération, de l’intégrité morphologique, de l’espace et de l’agencement de cet ensemble architectural.

L’épilogue des avant-gardes historiques et la dissolution des idéologies du XXème siècle imposent aujourd’hui la formulation de nouveaux codes interprétatifs et d’approches méthodologiques inédites susceptibles de se mesurer avec les défis culturels qu’une société en transformation vertigineuse enraîne. La préservation de l’héritage patrimonial du Moderne et de ses icônes, enclaves désacralisées de l’utopie doctrinaire, ne peut pas faire abstraction de l’acquisition d’un processus de redéfinition identitaire en mesure de conjuguer les nouvelles dynamiques économiques et sociales avec la lyrique expression créative - l’assaut au “ciel” de la beauté et de la poésie - dont Oscar Niemeyer a été un auteur inégalé.


 
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 Illustration 14
  



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The Paris Headquarters of the French Communist Party.
The aesthetic seduction of the curved line 

The construction of the central headquarters of the French Communist Party in Paris, bâtiment-drapeau by brazilian architect Oscar Niemeyer, inauguration of which took place in 1971, marked, because of the political and cultural implications connected with it,  a historical event of international importance. An event which unquestionably constitutes - due to program commitment and morality - An exceptional episode in the panorama of the post war Modern Movement in Europe. This epic building is the result of a revolutionary design which unites, in unrepeatable synthesis, the creative talent of its designer, the constructional skill of the technicians and workers and the passion and the civil commitment of tens of thousands of militants. The originality and innovative range of the niermeyerian project, a visionary démarche ideally forged in the lyrical sinuosity of curvilinear forms and in the sobriety of the materials which exhibit the elegance of the meeting of glass and cement, far from representing an architectonic challenge to the potentialities offered by the modern technology of construction, essentially consist in the idealism implicit in the completion of an ethical aim. The “home of the workers” is the epitome of the socialist society which asserts itself with the force of a historical necessity. As of such it becomes the symbol and the metaphor of the common struggle against poverty, discrimination, injustice, in the prospect of the heroic edification of a new model of civil society inspired by the principles of progress, equality, solidarity and social justice.

The partial dismission and prevision of the functional progressive rehabilitation of the edifice bring to the centre of disciplinary debate the more general question of the preservation of contemporary architecture and highlight the need to define new interpretive approaches to cultural heritage and legacy associated with these totemic architectures, enclaves of the utopia which the crisis of the Modern and the collapse of ideologies have ineluctably de-sanctified.

 

Siège du Comité Central du Parti Communiste Français, Paris
19° Arrondissement
2, place du Colonel Fabien - 8, avenue Mathurin Moreau


Maître d’ouvrage :S.I.P.C.F. (Société Immobilière de la Place du Colonel Fabien)

Maîtrise d’œuvre :arch. Oscar Niemeyer

Collaborateurs : architectes Jean Deroche, Paul Chemetov, Jean-Maur Lyonnet, José Luis Pinho, ing. Jean Prouvé

Ing. Jacques Tricot, B.E.R.I.M. (Bureau d’études et de Recherche pour l’Industrie Moderne), Montrueil-sous-Bois (France)

Acoustique : Albert Giry (ingénieur conseil)

Chantier des travaux :1967-1981


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Citations d’Oscar Niemeyer
(Rio de Janeiro, 15 décembre 1907)

Lorsqu’une forme engendre la beauté, elle remplit une fonction, et des plus importantes, en architecture….

Je suis le partisan d’une liberté plastique quasiment illimitée, qui ne soit pas subordonnée servilement aux raisons de la technique ou du fonctionnalisme, mais qui constitue, en premier lieu, une invite à la fantaisie et à la beauté, en mesure de susciter de la beauté et de l’émotion… ; une liberté qui rende possible - lorsqu’on la désire - une atmosphère de rêve et de poésie...

“Oscar, tu as les montagnes de Rio dans tes yeux”, me dit un jour Le Corbusier...


signature


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Bibliographie


• Mocchetti E., Oscar Niemeyer, Milan, Arnoldo Mondadori éditions, 1975.

• Niemeyer O., La maison du Parti Communiste Français, Paris, éditions du P.C.F., 1981.

• Luigi G., Oscar Niemeyer, une esthétique de la fluidité, Marseille, éd. Parenthèses, 1987.

• Puppi L., Oscar Niemeyer 1907, Rome, Officina éditions, 1996.

• Silveira D., Setubal W., Oscar Niemeyer. Minha Arquitectura 1937-2005, Rio de Janeiro, Editora Revan, 2005.

• Laganà G., Lontra M., Niemeyer 100, Milan, Electa éd., 2008.


 
Légendes des illustrations 

1 - Oscar Niemeyer, esquisses préparatoires du projet pour le siège du Parti Communiste Français, Paris (Photo : © Hermier G., «Le nouveau siége du Comité central du P.C.F.», Révolution, supplément du n. 17 du 27 juin 1980, pp. 12 e 15).

2 - Oscar Niemeyer, Jean Deroche, Paul Chemetov arch. : projet pour le siège du P.C.F., Paris, 1967 : coupe transversale (Photo : © Hermier G., cit., p. 21).

3a - O. Niemeyer, J. Deroche, P. Chemetov arch. : projet pour le siège du P.C.F., Paris, 1967 : plan général. 1 - entrée place du Colonel Fabien ; 2 - rampe piétons ; 3 - espaces verts; 4 - entrée de service boulevard de la Villette ; 5 - entrée avenue Mathurin Moreau ; 6 - coupole ; 7 - esplanade ; 8 - entrée principale du bâtiment ; 9 - tour technique ; 10 - patio ; 11 - accès parking au sous-sol (Photo : © Hermier G., cit., p. 22).

3b - O. Niemeyer, J. Deroche, P. Chemetov arch. : projet pour le siège du P.C.F., Paris, 1967 : plan du rez-de-chaussée. 1 - entrée principale du bâtiment ; 2 - accueil ; 3 - ascenseurs ; 4 - attente-repos ; 5 - librairie ; 6 - foyer expositions ; 7 - salle du Comité Central ; 8 - accès aux salles de réunion 1er sous-sol ;  9 - bureaux ; 10 - patio (Photo : © Hermier G., cit., p. 22).

4 - O. Niemeyer, J. Deroche, P. Chemetov arch. : projet pour le siège du P.C.F., Paris, 1967 : bâtiment des bureaux, plan de l’étage-type (Photo : © Oscar Niemeyer, «Siège du Parti Communiste Français, Paris», L’Architecture d’Aujourd’hui, n. 171, janvier-février 1974, p. 100).

5 - Paris, vue du chantier durant les phases de construction de l’auditorium et de la coupole (Photo : © Révolution, cit., p. 21).

6 - Vue extérieure du siège du P.C.F. place du Colonel Fabien (Photo : © Riccardo Forte, décembre 2008).

7 - Vue du bâtiment des bureaux boulevard de la Villette (Photo : © Riccardo Forte, décembre 2008).

8 - édifice des bureaux : détail de la façade latérale (Photo : © Riccardo Forte, décembre 2008).

9 - Vue du bâtiment avenue Mathurin Moreau (Photo : © Puppi L., Oscar Niemeyer 1907, Rome, Officina éditions, 1996, p. 86).

10 - Siège du P.C.F. : vue intérieure de la hall d’accueil au rez-de-chaussée (Photo : © Claude Loupiac, décembre 2008).

11 - Détail de l’entrée latérale de la salle plenière au rez-de-chaussée (Photo : © Riccardo Forte, décembre 2008).

12 - Vue intérieure de la salle du Comité Central (Photo : © S.a., «Achèvement du siège du P.C.F., Paris», L’Architecture d’Aujourd’hui, n. 210, septembre 1980, p. XXVI).

13 - Vue de la salle-auditorium à l’état actuel (Photo : © Claude Loupiac, décembre 2008).

14 - Bâtiment des bureaux : détail de la poignée des menuiseries basculantes en aluminium (Photo : © Claude Loupiac, décembre 2008).

 

Riccardo Forte, architecte, a obtenu en 2000 le Master-D.E.A. (Diplôme d'Etudes Approfondies) en Histoire de l'architecture moderne et contemporaine à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. En 2008 il a obtenu le Doctorat dans la même Université. Il collabore avec des maisons d’éditions italiennes et étrangères ; il a publié des essais et des articles dans le domaine de la critique de l’architecture et de l’urbanisme. Depuis 2002, il est membre Do.Co.Mo.Mo.France ; depuis 2005, il est membre Do.Co.Mo.Mo. International. Il est membre aussi de l’équipe d’accueil AVD (Architecture, Ville, Design) à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Ses sujets de recherche portent sur l’histoire de l’architecture du Mouvement moderne ; l’histoire de la critique architecturale contemporaine ; le projet urbain et son environnement ; les analyses et les méthodes d'intervention pour la préservation du patrimoine architectural moderne.

 

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La visite de Do.Co.Mo.Mo. France au siège du PCF à Paris : une démarche patrimoniale du moderne
Agnès Cailliau
(Architecte du patrimoine, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille, Présidente Do.Co.Mo.Mo. France).

Le 15 décembre 2008, Do.Co.Mo.Mo. France a été officiellement invité à visiter le siège du Parti Communiste Français à Paris. Guidés par l’architecte Jean Deroche, l’ami et le premier collaborateur du grand maître brésilien, les inscrits ont pu revivre les phases saillantes de cet héroïque “chantier de l’Utopie”, dans une promenade architecturale de la mémoire qui confie aux premiers coups de crayon d’Oscar Niemeyer - ponctués de grandes croix qui montrent les pièges à éviter - et aux esquisses suggestives au fil d'un trait incisif et précis, la tâche de raconter la genèse d’un des monuments du Moderne, qui est devenu une partie intégrante du paysage parisien.

Cette initiative, promue par Do.Co.Mo.Mo. France qui a permis de découvrir, racontée par la voix d’un de ses protagonistes, l’histoire vivante d’une aventure humaine et artistique extraordinaire, s’inscrit à plein titre dans un projet plus ample de mise en valeur patrimoniale du Mouvement Moderne, visant à étendre les horizons disciplinaires de la recherche. L’action menée par Do.Co.Mo.Mo. France, consacrée à l’étude et à la conservation des bâtiments et des ensembles urbains modernes, a pour but de sensibiliser l’opinion publique et les autorités administratives et politiques sur la valeur d’un patrimoine architectural encore largement méconnu.

L’architecture moderne est un territoire disciplinaire où la “mondialisation” des intérêts par les historiens et les spécialistes de la conservation a joué un rôle propulsif pour le développement de la réflexion théorique et de la pratique de la restauration. Dans ce contexte, la pluralité des compétences patrimoniales devient l’un des principaux atouts d’un projet scientifique européen fondé sur une plate-forme d’échanges et de connaissances : une démarche intégrée, au profit d’un projet collégial de protection et de mise en valeur des témoignages les plus significatifs de la modernité architecturale.

 

Notes :

1 Cf. : Guy Hermier, «Le nouveau siége du Comité central du P.C.F.», Révolution, supplément au n. 17 du 27 juin 1980, pp. 3 e16.

2 L’adhésion de Niemeyer à la cause de la Révolution socialiste - le prélude à son inscription, en 1945, au Parti Communiste brésilien - remonte à sa jeunesse, et révèle une personnalité rebelle, libertaire et anticonformiste. «Politiquement - rappelle l’architecte brésilien dans l’introduction au numéro spécial de Révolution consacré à l’inauguration du nouveau siège du Comité Central du P.C.F. - j’ai toujours été un révolté. [Au cours des années], c’est la vie elle-même qui s’est chargée de me révéler ses misères : le patron opprimant l’employé, l’ami pauvre tombé dans l’oubli, nos frères brésiliens laissés à l’abandon, la bourgeoisie ignorante, paternaliste et irresponsable. Dans un Pays dont 70% de la population souffre, exploitée et opprimée, je ne pouvais pas douter des positions que je devais prendre (…). De 1945 à aujourd’hui, mon attitude n’a jamais changé. Je suis tranquille. Finalement, j’ai fait ce que j’ai pu et je n’ai jamais cessé de penser à ceux qui souffrent et auprès desquels je continue à cheminer solidaire, [tout en essayant de] manifester, chaque fois que c’est possible, ma révolte devant tant d’injustice, de violence et de mépris» (Idem, p. 11).

3 Lionello Puppi, Oscar Niemeyer 1907, Rome, Officina éditions, 1996, p. 10.

4 Cf. Ettore Mocchetti, Oscar Niemeyer, Milan, Mondadori, 1975, p. 277.

5 «Professionnellement, le projet m’attirait [beaucoup] ; il demandait une architecture simple, inventive et différente, susceptible d’exprimer ce monde qui surgit sans préjugés, sans injustices, et que représente dans son essence l’objectif du P.C.F. En possession des données indispensables, des plans, des programmes, etc. j’ai élaboré en quelques jours mon avant-projet, en accord avec les conditions locales, les dimensions et conformations du terrain, avec les problèmes d’orientation et de fonctionnement» (Guy Hermier, op. cit., p. 14).

6 Niemeyer raconte que, «aussi bien que le plan de Grasse, le projet du P.C.F. nous coûta beaucoup de travail après son élaboration. Lorsque nous remîmes le projet aux bureaux d’Urbanisme de Paris, nous apprîmes, à notre surprise, qu’une des routes latérales aurait été élargie, ce qui comportait la soustraction de vingt mètres de terrain. Dans le délai de trois jours, je réadaptai le projet, sans le compromettre, à la réduction prescrite» (Ettore Mocchetti, op. cit., p. 278).

7 Dans les lignes directrices du projet de Niemeyer, cet édifice, une véritable citadelle de la politique et de la culture fonctionnellement autonome, devait comprendre, outre les salles de réunion (dotées des cloisons amovibles) et les bureaux aux étages supérieurs, une bibliothèque, un restaurant, une salle de gymnastique et une piscine. Des équipements de service prévus initialement, seule la bibliothèque et le restaurant-cafétéria ont été effectivement réalisés.

8 Les rappels idéologiques aux principes de la Révolution socialiste et à la symbologie du Parti sont constamment présents dans l’œuvre de Niemeyer dès ses premières élaborations de projet. Dans les esquisses préparatoires (fig. 1), l’architecte brésilien appose l’emblème de la faucille et du marteau au sommet d’une hampe placée à proximité de la coupole (jamais réalisé) et dans le dessin du pavé de l’esplanade, là où une grande faucille, visible de la terrasse du bâtiment, ceint symboliquement la coupole extérieure (figg. 1 e 3a). Des valeurs de la paix et de la fraternité universelle s’inspirent également la citation élevée de la colombe de Picasso - dont la silhouette, découpée dans le plancher de couverture de la terrasse, se détache sur l’étage inférieur pendant les heures de l’après-midi - et l’initiative, seulement envisagée, de placer le grand tableau de Guernica à l’intérieur du hall d’entrée sur une cloison curviligne spécialement conçue. Dans les bureaux de la Direction du Parti, au 5ème étage de l’immeuble, est conservée encore la célèbre tapisserie de Fernand Léger.

9 Gilbert Luigi, Oscar Niemeyer, une esthétique de la fluidité, Marseille, éd. Parenthèses, 1987, p. 102.

10 L’ensemble de la coupole repose sur un quadrillage de poutres réparti sur les poteaux disposés à leur fois en fonction de l’aménagement intérieur du parking situé au-dessous (cfr. : S.a., «Achèvement du siège du P.C.F., Paris», L’Architecture d’Aujourd’hui, n. 210, settembre 1980, p. XXVI).

11 La climatisation de la salle est assurée par un ingénieux système technique intégré : à l’intérieur de l’espace compris entre la “coque” et le plafond sont dissumulés les appareils d’éclairage, les bouches d’aération d’air et les gaines de désenfumage. Les tables de l’auditorium, dont les profils suivent les courbes du plan, sont conçues spécialement pour assurer la reprise d’air : les pieds sont en effet autant de collecteurs transférant l’air repris dans une gaine installée au-dessous du plancher.

12 D. Silveira, W. Setubal, Oscar Niemeyer. Minha Arquitectura 1937-2005, Rio de Janeiro, Editora Revan, 2005, P. 199.

13 Cf. : Oscar Niemeyer, «A sede do P.C.F., Paris, França», Modulo, n. 60, 1980, pp. 72-89.

14 Oscar Niemeyer, «Siège du Parti Communiste Français, Paris», L’Architecture d’Aujourd’hui, n. 171, janvier-février 1974, pp. 100-101.

15 Gilbert Luigi, op. cit., p. 99.

16 «Achèvement du siège du P.C.F…», cit., p. XXVI.

17 Le Parti Communiste Français est fondé officiellement le 30 décembre 1920, lorsque la majorité des militants socialistes de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), réunis en congrès à Tours, délibèrent la scission du parti, en s’affiliant à l’Internationale communiste fondée par Lénine l’année précédente. Le nouveau parti, qui prend le nom officiel de SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), est, sur le plan doctrinaire, un organisme politique dont la vocation est radicalement révolutionnaire, émanation directe du Komintern et section de la Troisième Internationale. Ces principes de base caractérisent la vie del Parti bien au-delà de la dissolution officielle de l’Internationale communiste en 1943, l’année au cours de laquelle le mouvement politique français prend le nom défintif de PCF (Yves Santamaria, Histoire du Parti communiste français, Paris, La Découverte, Coll. Repères, 1999).

18 Cf. : «Après sa déroute électorale, le PCF convoque un congrès extraordinaire», Le Monde, 24 avril 2007.

19 Cf. : Il Giornale dell’Architettura, n. 58, janvier 2008, p. 25.

20 Selon les prévisions financières du Parti, la location de deux étages du siège central et d’une partie des bureaux de la Fédération de Paris, Rue La Fayette, devrait rapporter des recettes annuelles oscillant entre 700.000 et 900.000 euros (cf. : «Le PCF loue un étage de son siège du Colonel Fabien», Nouvel Observateur, 26 août 2008).

21 Le premier étage de l’immeuble, rebaptisé Espace Niemeyer, sera loué au cours des premiers mois de 2009.



Article paru dans le numéro 18 de la revue Arkos (janvier-mars 2009)