Modern'Castel
18, rue Alphonse-de-Neuville, Garches
Hector Guimard, 1899
Les
premiers plans du Modern'Castel datent de septembre 1898. Un
peu plus tard, le 28 mars 1899, le Castel Béranger, chef-d'uvre
de Guimard, est primé au premier concours de façades
lancé par la ville de Paris pour " lutter contre
la monotonie des rues ". Associer contenant et contenu,
concilier l'art et l'utile, telles sont alors les obsessions
qui guident les recherches de Victor Horta en Belgique et d'Hector
Guimard en France. Maîtres de l'Art nouveau, ils opposent
sa modernité aux pastiches d'architectures anciennes.
En s'inspirant du monde végétal, ils tracent des
lignes sinueuses et des arabesques. Ils empruntent aussi à
la sculpture et au dessin, élaborant ainsi des bâtiments
dans lesquels les éléments d'ornementation sont
en étroite relation avec la structure. Avec ses décrochements,
ses encorbellements, ses tourelles, ses avancées et sa
prolifération de balcons, le Modern'Castel transgressait
la relative rigueur d'un plan rectangulaire pour illustrer ces
préoccupations tout en modelant de beaux espaces ouverts
sur l'extérieur. Mariant avec exubérance grandes
courbes de pierre et nervures de bois, chaque façade
avait sa logique.
Côté
rue, la tour ronde de l'escalier était coiffée
par le volume cubique de la chambre d'ami. Soulignés
par leur modénature, les deux volumes se contredisaient
pour mieux se révéler. A l'est, dominant le paysage,
le bow-window arrondi de la salle à manger et son arcature
semblait soutenir le balcon de l'une des chambres de l'étage,
tandis que la terrasse principale roulait vers le jardin. Différents
éléments architectoniques et des matériaux
variés renforçaient l'articulation des façades.
Ici, comme au Castel Henriette réalisé à
Sèvres un an plus tard, Guimard atteignait le sommet
de son art. Contrairement au Castel Henriette, le Modern'Castel
ne fut pas démoli, mais remanié et agrandi avant
d'être définitivement défiguré en
1935 pour servir de maison de repos à des officiers allemands.
De son charme d'antan lui reste sa grille métallique
au dessin japonisant, son vestibule au sol de mosaïque
et son bel escalier qu'éclaire un vitrail.
Les actuels
propriétaires ont parfois la joie de découvrir
au détour d'un faux plafond ou d'un enduit un élément
d'origine à révéler. Connu également
sous les noms de villa Canivet ou de Castel Craon, le Modern'Castel
fut édifié à la demande de madame A. Canivet.
Il pourrait s'agir d'un professeur de piano mentionné
dans "Le Monde Musical" du 30 mai 1901 et peut-être
liée à la famille Humbert de Romans, autres clients
de Guimard. En 1918, elle revendit la maison à monsieur
Lévy, l'amant d'Arletty. Dans une interview, la comédienne
évoquait la demeure en ces termes : " J'avais à
Garches une très belle maison, modern style. Là,
j'ai été gâtée... Elle existe toujours.
On avait une très belle vue sur Paris et sur le bois
de Boulogne, avec l'observatoire de Meudon en face. Cette villa
était l'uvre de Guimard, quant àé
la décoration, c'est Louis Majorelle qui s'en était
occupé. Des signatures ! La chambre à coucher
(en acajou cerise ornée de fleurs de lotus en cuivre)
a été exposée aux Arts- décos en
1933. Elle est toujours au musée. A Garches, j'avais
Coco Chanel et Henry Bernstein pour voisins. " Dans cette
rue vivaient aussi Sacha et Yvonne Guitry qui passaient en voiture
avec Sarah Bernhardt.